Lundi, un jeune a interpellé Emmanuel Macron en l'appelant "Manu". Tanguy Pastureau revient sur ce qui s'est passé.

Le jeune garçon que le président Macron a sermonné lundi vit des heures difficiles. Oui, parce que le pauvre a été soumis à une médiatisation délirante. C'est pourquoi si vous voulez être peinard, n'apostrophez pas Macron mais Benoit Hamon qui lui n'est jamais suivi par aucune caméra, à part en juillet quand sa femme le filme en train de bouffer une glace au Lavandou. 

Flashback. Lundi, Macron, le président de la win abandonné à sa naissance sur les marches de la bourse de New-York et recueilli par Jean-Pierre Gaillard et Bill Gates, est au Mont Valérien, où il commémore le 18 juin. Là, il y a plein de jeunes, parce que les profs, arrivés mi-juin, ont envie de tout sauf de faire cours, donc ils les sortent : classe verte, Aquaboulevard, Mont-Valérien, bowling… S'il y avait encore du lancer de nain, ils en feraient. 

Macron, qui aime la foule, à partir du moment où celle-ci le tripote sans broncher - il se vit lui-même comme un symbole phallique - serre les paluches des jeunes, ce qui fait qu'il récupère sur sa main du Biactol, du THC et du sebum. Si Brigitte lui lèche le doigt, lors d'un jeu coquin, direct elle décède et chez Vuitton ils disent : "Ah zut, bon c'est pas tout ça, mais rendez-nous la robe". 

Quand soudain, un des collégiens lui demande : "Ça va, Manu ?". Macron a à peu près le même âge, d'où la proximité. Si Kev Adams croise Régine, on comprend qu'il lui dise : "Mes respects, madame", mais Macron, c'est ce petit quick ultra-connecté qui fait des selfies, est trop cool, et fait des checks à tous les kids, les gosses se sentent moins à l'aise avec Jay-Z qui fait le beau au Louvre parce qu'il a découvert Delacroix sur une boite de chocolats Poulain à Noël qu'avec Macron, qui est leur copain. 

Seulement, Macron, c'est aussi le garant du respect qu'on doit aux institutions, de la même manière qu'on n'urine pas sur le Sénat, ni sur un sénateur, même s'il bouge moins que le bâtiment. On n'appelle pas le chef de l'état Manu, mais monsieur le président, ou, si l'on est Christophe Castaner, "Mon amour". En plus, le jeune chante l'Internationale, comme Arlette Laguiller une fois l'an lors du congrès de Lutte Ouvrière, puis on la remet au congelo à côté des Crousti Bat jusqu'à l'année suivante. 

Or, Macron est un libéral qui kiffe le brouzouf - sa sonnerie de réveil, c'est Yves Montand qui dit 'il est l'or mon seignor". L'Internationale, il déteste. Lui son hymne, c'est le Freak c'est chic du groupe Chic. Donc là il répond au collégien : "Tu te comportes comme il faut, c'est une cérémonie officielle, tu m'appelles monsieur le Président de la République". Il est tellement froissé qu'on pourrait le déposer au pressing 5 à sec avec le pull à trous de Besancenot. Sur le fond, Macron a raison, moi si quelqu'un me demande "Ça va Tantan ?", j'y reponds : "Tu m'appelles monsieur le chroniqueur de France Inter". Ça va.

Le jeune est apparu bien dépité ensuite. Bien sûr, il pense que Macron c'est un pote, l'autre l'envoie bouler, donc c'est comme de taper dans le dos de Joey Starr parce que sous Néandertal on écoutait "Ma benz", et que Joey Starr, en réponse, vous poursuit avec un hachoir à viande en hurlant : "Et encore t'as de la chance, ce matin, j'suis zen". Mais le pire, c'est que la séquence, on l'a vue partout, parce que les émissions de télé, elles s'en tapent que le gamin soit médiatisé, tant que le truc est rigolo, ça les sert !

Si Macron avait clashé leurs mères, les mecs diffusaient la vidéo quand même. D'autant que le président lui-même a posté sur le net le film intégral de l'échange, Macron c'est le seul type à avoir les bonus DVD de sa vie quotidienne. Résultat, hier, les médias, qui ont tous passé la séquence, nous expliquent quoi, que le gamin vit mal la médiatisation. C'est comme si Norman nous disait : "Les mecs, Youtube c'est nul, prenez plutôt un bon Guillaume Musso". Ensuite une journaliste d'Explicite, un média en ligne, va retrouver le jeune à son bahut, puis devant chez lui, ça devait être l'ouverture de la chasse et avec le réchauffement il y a plus de belette, donc ils traquent les collégiens, l'odeur est la même, et là elle explique que ses camarades se moquent de lui, puis qu'il est harcelé, il vient, dit-elle, de s'enfermer dans sa maison, parce qu'elle est postée devant chez lui et dit : "C'est triste, on le harcèle". Plus con comme processus, il y a juste vanter les mérites du véganisme alors qu'on attend ses potes devant l'Hippopotamus.

Mamoudou Gassama, ça a fait pareil, il sauve un enfant, on le voit partout, les télés se l'arrachent, et là il était à deux doigts de se retrouver dans 3 mois comme un blaireau à danser un cha-cha avec Fauve Hautot et le candidat Philippe Risoli sur Danse avec les Stars. Donc je m'adresse à ce jeune, dont on ne donnera pas le nom, il a assez d'ennuis. Appelons-le Nagui, après tout vous aussi êtes jeune... Enfin, bon appelons-le Nagui. 

Nagui, tiens bon, avec toi les politiques ont fait leur job, de la com, les médias ont fait leur job, du buzz, mais dans 2 jours, il y aura une autre com, un autre buzz, et tu redeviendras aussi anonyme qu'Agnès Buzyn. Tu ne vois pas qui c'est, Agnès Buzyn, hein, Nagui ? Et bah tu vois. Laisse passer la tempête, comme dirait Laurent Wauquiez lorsqu'à la proue de son optimiste, vêtu de sa parka de capitaine Haddock, il voit couler son parti politique. Tu sais, Nagui, je te comprends, quand tu as appelé Manu Manu. Parce qu'après avoir joué au prof à collier de barbe un peu retord, j'ai vu le reportage, tu sais ce qu'il a fait, Manu, au Mont-Valérien, des selfies avec d'autres jeunes, là, fini la solennité du moment, le respect aux morts, tout ça s'est effacé comme le CV de Larusso. Et un président qui fait des selfies un jour de commémoration, c'est moins un chef d'état qu'un pote à la cool, on a pas envie de l'appeler Monsieur le président, on a envie de l'appeler Manu. Hein, Manu ? Allez, Nagui, courage, retourne au collège, ça va passer. Je t'embrasse.

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