Il n’y a guère plus que les vieux qui regardent la télé et je vieillis, à vue d’œil, je me décompose, le matin dans ma glace j’ai l’impression de voir un épisode inédit de The Walking Dead. Jeux Sans Frontières revient sur la 2, et sur la Une, il y a un truc de stars inconnue en train de crever dans la jungle.

Je suis un ringard mais je l’assume, j’ai 45 piges les amiches, j’ai mal au dos, j’ai le corps qui s’affaisse, de toute ma vie je n’aurai jamais vu mes abdos, je n’ai plus envie de faire semblant d’aimer Aya Nakamura juste pour faire jeune alors que je rêve de me taper Yvette Horner, ce qui pose d’autant plus problème qu’elle est décédée il y a un an. Après, ça peut s’arranger, un petit billet à un gardien de cimetière un peu véreux et le tombeau ça se transforme en Tinder. 

Oui, je suis un ieuv, quand je croise Tom Villa, je vois bien qu’il me regarde comme moi quand je regarde Laure Adler, en se disant « il est bien sympa, mais lui a écouté Kurt Cobain de son vivant ». Alors forcément, j’entre dans cette période de la vie où par nostalgie, on pense que tout était mieux avant, même cette chronique, j’en préfère le début plutôt que ce que je viens de dire là. Je suis content de travailler avec vous, Nagui, mais quand j’étais jeune et que je gobais des champis en vous matant à la télé en vestes de toutes les couleurs, vous étiez une sorte de drapeau LGBT à vous seul, ce qui fait que j’ai pu arrêter de gober des champis, l’effet visuel était le même, ça me plaisait encore plus. Tout est plus chouette quand on est jeune, comme vous le dira tout le monde sauf Natascha Kampusch. 

Quel ne fût donc pas mon enthousiasme quand avant-hier, j’appris que France 2 allait relancer Jeux Sans Frontières, le jeu que déteste Nicolas Dupont-Aignan. Ça c’était de la télé, pas comme ces émissions de petits chanteurs à testicules trop hautes qui glapissent du classique pour attirer l’attention de l’animatrice. 

Jeux sans Frontières, j’avais 15 ans, avec Georges Beller et Daniela Lumbroso, duo le plus glamour du 20ème siècle, devant Delon et Romy Schneider parce qu’eux, dans la piscine, avaient un candidat roumain en train d’essayer de monter sur une plateforme en mousse, ils avaient fait un effort sur la dramaturgie. Le concept, c’est comme Intervilles mais sans vachette, ça a été le 1er jeu télé vegan, des gens de toute l’Europe s’affrontent, en général déguisés en poule ou en tranche de salami, c’est comme si on montrait ce qui se passe dans la tête d’Arielle Dombasle. 

Moi, c’est ce qui m’a poussé en 92 à voter oui au traité de Maastricht, Philippe Séguin qui défendait le non et parlait souveraineté du peuple français, j’avais envie de lui dire « stop bébé, l’Europe c’est avant tout des allemands qui font les cons sur une planche à savon », il y a 70 ans, ils étaient dans le nazisme, pardon, mais ça rassurait un peu de les voir comme ça. 

Alors je crois que le retour de Jeux Sans Frontières, vous êtes impliqué Nagui, donc j’ai une chose à vous dire : Taratata backstage, j’m’en fous, voir Sting à la gratte sèche, c’est ok, mais moi les rockeurs je les aime avec le tour des yeux peints en noir, des gros crucifix entre les tétons et s’ils sont en train de manger une chauve-souris vivante, c’est mieux. 

Mais Jeux Sans Frontières, invitez-moi, même sans dire qui je suis, j’apprendrai le portugais s’il le faut et j’arrêterai de m’épiler à la cire de loutre pour passer pour un candidat du sud. Ce jeu me rappelle tellement les jours heureux, quand sur la plage bretonne je regardais mourir les mouettes mazoutées. Une super-époque, la crise, le sida, Nicolae Ceausescu, les compilations « la plus grande discothèque du monde », oui, non, en fait, c’était affreux.

La suite à écouter et à retrouver en vidéo !

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