Tanguy, vous êtes-vous habitué au port du masque ?

Oui, dès que je sors je mets un masque, ce qui fait que je ne me soucie plus de mon haleine, ça fait 1 mois ½ que je ne me suis pas lavé les dents. Comme dentiste pour mon prochain détartrage, j’ai pris un ouvrier qui a décontaminé les sols autour de la centrale de Fukushima. Et puis avec un masque, on ne me reconnait pas dans la rue, ce qui ne change rien par rapport à d’habitude, mais pour vous, Nagui, le masque ça signifie une moitié d’anonymat, les seuls qui vous remettent sont des coiffeurs qui ont reconnu votre type de cheveu. Bref, toute la journée, j’ai la bouche collée à mon masque, j’ai l’impression d’être un fétichiste du coton qu’on lâcherait chez Mondial Tissu. En fait, j’ai la vie d’une larve de papillon, je pense que d’ici 4 jours des ailes vont me pousser dans le dos et que je vais me poser dans un champ, et là je clamserai en murmurant « ahhh, saloperie de glyphosate, toujours pas interdit, cette horreur ? ».

Je sais qu’il y a des gens que le masque rebute, Donald Trump, l’ado bipolaire coincé dans un corps d’épi de maïs, par exemple, ses proches, donc des infirmiers en psychiatrie, ont expliqué qu’il n’en portait pas, je les cite, « par peur du ridicule ». Il ne réalise pas qu’il l’est aussi sans, une fois qu’on a dit que pour assainir son corps on pouvait boire du Canard WC, derrière on peut faire son point presse habillé en sarouel-claquettes avec un tatouage de Bob l’Eponge sur la nuque. Et ça, la crainte du ridicule à cause du masque, c’est masculin, dit le New York Post, le journal que les nuls en géo cherchent à Caracas. Une étude portant sur 2500 sondés, ce qui en gastro-entérologie est une grosse journée, mais dans le monde des enquêtes d’opinion ça va, révèle que seuls 29% des mecs mettent un masque avant de sortir de chez eux. Alors que 44% des femmes le font, c’est encore peu, s’ils étaient tous à 90%, d’ici 1 mois les américains pourraient reprendre une vie normale, c’est-à-dire manger des frites. Donc l’institut de sondage a demandé aux hommes « why don’t you like the masque chirurgical ? », ils ont répondu que c’était un signe de faiblesse, puisqu’en 2020 on passe les ¾ de sa vie dans un sofa mais nous les mâles, on continue à se construire psychologiquement comme les vikings. Je le sais, moi quand j’ouvre un pot de confiture dont le couvercle est un peu collé, j’ai l’impression que je pourrais refaire 2 fois la guerre d’Afghanistan.

C’est ce qu’on appelle de nos jours un cliché de genre, l’homme ne doit pas montrer de faiblesse, il doit être fort, musclé, ne pas chouiner et assommer des ours avec sa verge énorme. En deux millénaires, en fait, on n’a pas du tout évolué, si l’industrie du matelas avait suivi notre courbe de progression, on en serait toujours à pioncer sur des fougères. Et l’auteur de l’étude dit qu’en 1918, la grippe espagnole a progressé parce que l’hygiène était associée aux femmes, ces créatures super-propres qui sentent l’aloe vera, sauf Patti Smith et Corinne Masiero. Les hommes, l’hygiène, ils s’en fichaient comme Philippe Etchebest de la 1ère fois où il a dit à un chef cuisinier de Dijon que sa tourte à la viande il pouvait s’asseoir dessus, ce qui est agréable, mais uniquement si elle ne sort pas du four. 

Dernier enseignement de l’étude, elle démontre que si on rend le masque obligatoire partout, les hommes le portent, on veut en fait de la fermeté, qu’un mâle alpha, un chef de meute, poilu avec la voix de Garou, hurle « porte-le, ton masque, pauvre con, c’est un ordre », et là, certes, on tente de faire pipi devant chez soi pour marquer son territoire, mais on finit par appliquer l’ordre. Christophe Castaner est trop faible. Je le lui dis : monsieur, castrez-nous un par un une bonne fois pour toutes.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.