Dans sa chronique qui maltraite l’info, Tanguy Pastureau vient nous parler d'une chanson qui résonne en ce moment, une chanson symbole de toute une génération, celle de Samuel Paty.

Aujourd’hui je voudrais revenir sur l’hommage national d’hier en l’honneur de Samuel Paty, parce que je ne me remets pas trop de sa mort, en fait, je pense que même au moment de la mienne, en 2080 parce que je mange dix-sept fruits et légumes par jour - donc je vais durer - dans cette chambre VIP de l’hôpital américain de Neuilly, parce que d’ici là j’aurais gagné beaucoup beaucoup de blé, bah je ne m’en serais toujours pas remis. Il faut accepter de vivre dans un pays où on décapite un prof, pardon mais c’est une donnée nouvelle, en arrivant au monde, quand la sage-femme m’a attrapé, elle ne m’a pas dit « désolé vieux, hier dans Télé 7 Jours j’ai lu l’horoscope d’Élizabeth Tessier, pour là tout de suite, c’est nickel, elle a écrit amours au top, ce qui est problématique car tu es âgé de seulement de deux minutes, mais pour dans 46 ans, elle n’est pas optimiste, la mémère ». 

Et hier, il y a un détail qui m’a touché, lors de l’entrée du cercueil dans la cour d’honneur de la Sorbonne, c’est qu’a retenti la chanson One de U2. À la demande de la famille, car Samuel Paty aimait U2, ou peut-être juste ce titre, ça arrive d’aimer une seule chanson d’un artiste, moi par exemple, de Shy’m, bon ben j’en aime aucune, mais ça aurait pu. One de U2, c’est générationnel, Samuel Paty était de 1973, je suis de 1974, donc je pense qu’en 1991, on s’est pris la même claque quand est sorti l’album Achtung Baby de U2, au niveau du son, comment vous dire, vous voyez Kassav' ? Bon ben… c’était radicalement différent. 

Jusqu’alors U2, ça me gonflait, le côté épique, chanteur à catogan, débardeur, on avait l’impression de voir Francis Lalanne s’il s’était inscrit aux Cercles de la Forme. Mais Achtung Baby, c’est la remise en question de U2, et c’est beau, un groupe qui change, c’est comme si la Bande à Fifi disait « OK, finies les couillonnades et les films de potes, avec la distance sociale c’est plus possible, le pitch du prochain long, c’est un type seul, en Pologne, qui fait de l’anémie à l’entrée d’une mine de charbon ». « Il finit par crever bouffé par les corbeaux ». Certes, ça existe déjà, on appelle ça un vieux clip de Mylène Farmer, mais si on fait durer l’intrigue moins longtemps, ça donne un bon petit film de deux heures.

Achtung Baby, c’est la période berlinoise de U2, le groupe est parti à Berlin, et ça, c’est bon pour l’inspiration, Bowie à Berlin ? Paf ! une trilogie, Depeche Mode à Berlin ? Tac ! ils élaborent ce son glacial, à faire passer The Cure pour La Bande à Basile. Il n’y a que Tokio Hotel à qui l’Allemagne n’a pas réussi, mais c’est normal, ils en venaient, c’est toujours ainsi, à Pattaya il n'y a pas un seul thaïlandais pour choper une blennorragie. 

Bref, sur Achtung Baby, il y a cette chanson, One, que j’ai écoutée pendant peut-être un an en pleurant, à la fin j’avais perdu 17 litres de larmes, ça me coulait sur le corps, je vivais dans un milieu 100% humide. Je me souviens qu’en octobre, ma famille a fait une très belle récolte de cèpes après m’avoir retiré ma chemise. Et je ne savais pas trop de quoi parlait la chanson, en fait je ne le sais toujours pas, parce que je suis nul en anglais, quand quelqu’un me dit « Fuck you stupid piece of shit ! », je réponds « Il est 16h10, monsieur ». Je ne suis pas le seul. Walk on the Wild Side de Lou Reed, on est tous là, en France, à faire « tout tou tou tou tou » alors que ça parle de travestis junkies qui se crashent en voiture sous Valium. On a tous à un moment écouté un morceau de rap américain qui invite l’auditeur à faire des papouilles à sa mère sans slip, mais on ne comprend pas, donc on dit « Ah oui, sacré groove, c’est un peu comme Daniel Guichard mais avec du groove ». Mais One de U2, je ne sais pas, l’émotion est dans la chanson, c’est comme la 7e de Beethoven, on sent que c’est tragique, et même si, dessus on mettait des images de Manuel Valls en pantacourt à Barcelone, ça resterait tragique.

La suite à écouter et à retrouver en vidéo !

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