Dans cette chronique, Tanguy nous explique les vertus du "self-hugging".

Aujourd’hui, je vais vous raconter un souvenir, nous sommes en 89, j’ai 15 ans. J’ai une hygiène approximative et un look proche de celui de la marmotte, le seul truc qui me distingue d’un tas de foin, c’est que je parle, pour dire des trucs comme « elle est trop belle Whitney Houston ». Oui, nous sommes en 89, Whitney Houston est belle, ce n’est qu’en 90 qu’elle va rencontrer Bobby Brown, qui va lui fourrer de la drogue dans les ¾ des orifices, même dans ses fossettes il arrivait à planquer deux gros sacs de coke. 

Je me rends compte que pour Paul Mirabel, notre humoriste jeune, ce que je raconte, c’est comme quand un négationniste de 95 ans se remémore ses souvenirs, ce plan à 3 avec Eva Braun et Achtung, le chien d’Adolf Hitler, en 43, c’est vieux. Bref en 89, je suis invité à la boum de Valérie Le Guérrec, il y a du Fanta et des Palmito, parce que je viens d’une génération qui n’a pas eu l’idée d’inhaler le gaz qu’il y a dans les cartouches de siphons à chantilly, nous avec ça on faisait des Banana Split. Quelle innocence, vous nous auriez donné des boules de geisha, on aurait joué à la pétanque. Et pourtant on en a fait des conneries, en 92 on a tous voté oui à Maastricht. 

La boum de Valérie se passe dans le garage de son père, la bagnole a eu une fuite d’huile, du coup tout le monde réussit à faire le moonwalk, et là je la vois, Marylin Calvez, dite la Vérole, la fille du boucher, qui d’ailleurs ressemble étonnamment à une tranche de jambon puisqu’elle est toute rose avec du gras autour. Comme moi en 89, donc ça fait 2 tranches, si les frères Guillou, des potes, nous avaient serrés entre eux, vu que leur acné les faisait ressembler à des bouts de pain, visuellement on avait un casse-croûte. Donc j’essaie de faire rire la Vérole, comme c’est une fille de boucher, je lui dis « tu veux braiser ? », elle n’a pas de réplique, puisque l’expression « je m’en bats les steaks » n’a été inventée qu’en 2003 par Gérard Larcher, donc elle rit et je descends mes mains sur ses fesses, je ne fais plus ça, je fais rire des salles entières, je me vois mal toucher 1000 fesses. Ou alors il faudrait revoir à la hausse le prix des billets. Et là, quand en soirée vous êtes sur le point d’embrasser la personne, c’est universel, il y a toujours ce copain dans le fond, qui se tourne et frotte ses mains sur son dos pour faire comme s’il roulait une pelle à une fille, ça fait 50 ans que ça dure mais comme les députés refusent de voter la peine de mort pour ces gens-là, ça continue.

Pendant longtemps, ces gars étaient des losers, mais là, en 2020, ils sont au top, grâce au Covid. Parce que ça fera bientôt un an qu’on n’a plus le droit de toucher les autres, l’autre est un ennemi, peut-être contaminé, ou pire, un peu con. Il reste donc à se toucher tout seul, rien de sexuel, je vous vois venir parce que vous êtes dégoutants. Sauf Morgane, Leïla et Elsa Zylberstein, qui sont des femmes, donc des êtres purs, en tous cas, c’est comme ça que ça nous a été présenté dans Cendrillon. Non, il s’agit d’auto-câlinage, self-hugging en anglais, le Huffington Post y consacre un article, c’est une nouvelle tendance, on se fait ce que les autres nous faisaient avant, par exemple, si on est Nicolas Dupont-Aignan, on s’ignore. En fait, l’auto-câlinage, niveau bienfait, c’est l’équivalent d’une séance de méditation, il suffit de se serrer dans ses bras à soi, si moi je le fais, comme j’ai un gros égo, j’aurais l’impression que c’est quelqu’un de bien qui me touche, puis on entre en conversation avec soi-même, je vous montre, « mmh Tanguy », « oui tu aimes, Tanguy ? », « yes j’adore, Tanguy », « mmh, fais-moi l’amour », « mais comment, Tanguy, on a un sexe pour deux », « oui bah, ils font comment les siamois ? », enfin vous voyez le topo. Après vous pouvez rester dans un degré d’intimité moindre en vous auto-vouvoyant « Tanguy, je vous apprécie », « mais moi aussi, mon cher ». Ca créé une distance polie.

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