Tanguy, est toujours confiné...

Oui, je reste chez moi, sans activité réelle, j’ai l’impression d’être ministre de l’écologie dans un gouvernement de Macron, j’ai pris 30 ans dans la face, j’envisage de me mettre à broder des coussins et j’apprécie les chats. La nuit, je rêve que Jérôme Salomon, le croque-mort de la télé qui nous engueule quand on se lave pas les mains, ouvre la porte de mon penthouse, oui c’est un rêve, et me dit « Tanguy, mon bichon, tu peux sortir ». Alors je sors, avec un slip dans la bouche, comme lors de vos soirées de fin de saison, Nagui, quand l’ambiance a vraiment pris, parce qu’on n’a pas de masques. Mais c’est un rêve, qui cache une réalité plus sordide qu’un film des frères Dardenne sur un migrant sans jambe qui tenterait pour s’en sortir de se lancer dans le foot. On en a jusqu’au 11 mai à rester chez nous, enfin, on, j’en ai jusqu’au 11 mai.

Parce que soyons honnêtes, ça déconfine en masse, je regarde dans la rue, je vois des gens partout, avec des variantes. Il y a la personne sans masque, qui vit comme avant, Hibernatus, un jour elle est tombée dans le congélo, en est ressortie avec 4 frites dans le nez, c’est comme ça qu’on sniffe dans le Pas-de-Calais, et elle vit comme en février. Vous lui montrez une photo de Didier Raoult, elle vous dit « je sais pas, José d’Hélène et les Garçons qui a un peu vieilli ? ». Ensuite il y a la personne avec masque grand public, comme dit Olivier Véran, donc 3 Kleenex avec un bout de scotch, et la personne avec masque grand public mais qui se l’est descendu dans le cou afin de téléphoner, ce qui est aussi inutile que de prendre des boules Quiès lors d’un showcase acoustique de Lou Doillon. 

Oui, ça déconfine déjà. Chez moi, en banlieue parisienne, il y avait plus un bruit, je suis au 5ème, j’entendais mon voisin du 1er régurgiter. Les oiseaux s’étaient remis à piailler, j’avais l’impression de vivre dans un film Disney, je criais « où te caches-tu, Panpan ? », soit la vie d’Arielle Dombasle. Mais là, l’immeuble en face de chez moi a repris son ravalement et dans la rue ils construisent une clinique, les travaux ont redémarré, j’en peux plus, je vais faire une Van Gogh. Me trancher les 2 oreilles et les vendre à des gens qui n’en ont pas, comme les fans de Maitre Gims, enfin, si j’arrive à trouver un autre moyen d’attacher mon masque grand public. Tout est compliqué aujourd’hui.

Hier sur Twitter, il y avait des photos du métro parisien, il est bondé, plein de gens sans masque, il n’y en a pas, ils devaient arriver, ils n’arrivent jamais, les chinois ont dû choisir Colissimo pour nous les envoyer. Moi je suis là confiné à me morfondre, j’en suis réduit à faire les mots mêlés Télé Loisirs, la réponse cette semaine c’est Jean-Luc Reichmann, compliqué, c’était mieux à l’époque de Tex. Mais je réalise que je suis le seul, tel le gamin de Neuilly qu’on envoie dans sa chambre pour le punir parce qu’à table devant toute la famille il a affiché son soutien à François Ruffin. En fait c’est le Truman Show, personne ne m’a rien dit, tout le monde a repris sa vie, moi je suis filmé par NRJ12, demain Nabilla l’air de rien va sonner à la maison en me disant « bébé, mon masque est caché quelque part sur moi, devine où ? ». Non mais les Rolling Stones ont sorti une chanson originale, la 1ère depuis 8 ans, quand les Stones se remettent au boulot, c’est que tous les autres s’y sont remis. Là je pense que Tonton David bosse sur un double album. Avec Faudel. Philippe Risoli. Aurélie Filippetti.

Bref, je suis immobile, prostré, alors que partout la vie reprend, bientôt plus personne ne saura que j’existe. On va me retrouver à demi-mort dans ma salle d’eau dans 2 ans ½. Et là, je murmurerai « j’ai tenu jusqu’au 11 mai ».

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