Une polémique touche l'Avenue, la brasserie chic de Paris située avenue Montaigne. Tanguy Pastureau explique.

A Paris, avenue Montaigne, il y a cette brasserie chic, l'Avenue. Et pendant longtemps, quand j'étais sur RTL, faisant profiter cette radio de ma verve jamais molle, je passais tous les jours devant. L'Avenue, située à mi-chemin entre RTL et Europe 1, c'était la radio des stars. En y entrant, vous voyiez Jean-Pierre Elkabach, Alain Duhamel, mais aussi des salariés ayant un âge normal. 

Au mois de juin, la grosse technique, quand on bossait sur une des deux radios, était de boire un café. 74 euros à l'Avenue, 95 avec du lait. Une fois j'ai pris une orange pressée, il a fallu avant que je signe un crédit chez Cetelem. On discutait de banalités, les bouchons à Paris, le fait qu'on aimerait être un gros bourdon pour piquer Anne Hidalgo dans la fesse droite pour la punir. Quand Jade Lagardère déboulait, on lui claquait la bise en lui disant : "Ça va ma grosse loute ?", elle répondait "Mais enfin, par le scalpel du docteur Martin, qui êtes-vous ?" et le temps que vous lui disiez "euh, personne, Pastureau", tout le monde pensait que vous alliez sur Europe. Et les types de RTL vous filaient un gros chèque, une voiture de fonction, des disques piqués à Georges Lang, dont le live pirate de ZZ Top de 84 où on n'entend juste aargh parce que le chanteur a avalé sa barbe, juste pour que vous restiez. 

Alors que là, à Radio France, on est tout seul dans le quartier. Donc si je vais bouffer une pizza dans le coin avec un mec de France Bleu, au mieux Nagui, vous me direz "C'est ça, barre-toi", et je me retrouverais à Bleu Breizh Izel, sous la flotte, à interviewer Alan Stivell en train de râler parce qu'à cause du beurre de son kouing aman de 16h, ses doigts rippent sur sa harpe.

L'Avenue, j'y suis donc souvent allé, toujours bien accueilli, c'est-à-dire que les serveuses, des nanas d'1m92 avec plus de formes qu'un parcours de cyclo-cross, me faisaient signe de me mettre dans le coin, derrière le rideau, j'avais un peu la vie de Diam's. Une fois il y a une qui m'a parlé, j'étais tout fier, elle m'a dit : "Change de table, il y a Olivier Mazerolle qui veut celle-là", grand moment. 

Mais c'est fini, même si je rêve d'y revenir pour leur dire : "Ah ah, vous avez vu ce que je suis devenu ?", ce à quoi ils me répondront "Mais qui êtes-vous ?", et désespéré, je leur dirai "Allez-y, saignez-moi, je vais prendre 4 Coca, le bar entier sur lit de caviar au jus de tapir + en dessert le délice suprême ivoire", une mousse au chocolat. 

Mais si je n'y vais plus, cela fait 10 jours que je vois l'Avenue dans le journal, une affaire de discrimination. Le site Buzzfeed dit avoir appelé l'Avenue en disant : "Bonjour, je voudrais une table pour 4 au nom de Mohammed Barkaoud", le resto leur répondait : "Désolé, c'est complet, ah l'établissement entier est en train de passer sous un tunnel, ça va couper". Ensuite, ils faisaient la même chose avec comme nom Jean-Michel Dupont, et là, pouf, la table se libérait, magie, il y avait aussi des colombes qui s'envolaient et des lapins.

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