Dans cette chronique, Tanguy Pastureau nous parle, entre autres, de Pierre Ménès, ce pauvre monsieur broyé par l'époque : "on ne peut plus rien faire, on ne peut plus rien dire", a-t-il révélé...

L’autre jour, je regardais "Touche pas à mon Poste", l’appli santé de mon AppleWatch a bipé, m’avertissant que j’avais perdu 7000 neurones. Quand soudain est arrivé sur le plateau Pierre Ménès, que je connais à peine parce que le foot, je m’y intéresse moins que Bernard Arnault à la structure des yourtes dans les ZAD. Le foot je m’en tape, bien sûr en 1998 j’ai fait la fête, mais c’était plus par amour de la bière que par passion pour les bleus. J’avais commencé la soirée à 16h, donc de toutes manières, les bleus, je les voyais jaunes avec des zébrures, je hurlais : « hé, faute, il y a pied, et ça fait ¾ d’heure », j’y connais rien. 

De Pierre Ménès, je savais juste qu’il avait eu une greffe du foie, on était allé en Belgique lui en chercher un, mais il n’y en avait aucun de viable, ça a pris du temps. Donc là je mets le son sur la télé, l’appli santé de mon AppleWatch se met à hurler : « tu es fou, c’est la fin de ta vie intellectuelle », je réponds : « ça m’est égal, au moins la prochaine fois qu’on recevra Kendji Girac dans la BO, je saurais peut-être quoi lui dire », et je réalise que Pierre Ménès est accusé d’avoir embrassé de force Francesca Antoniotti, que je ne connaissais pas, et qu’on en parle dans le documentaire de Marie Portolano, que je ne connaissais pas, en sport je connais juste Jean-Michel Blanquer, c’est un danseur. 

Le doc est passé sur Canal, qui a coupé certaines séquences, dont celle avec Ménès, ensuite Cyril Hanouna l’a diffusée, on voit Mme Portolano expliquer à Ménès qu’en 2016 en plateau, il a soulevé sa jupe, lui a attrapé les fesses et qu’elle s’est sentie humiliée. Lui est surpris, il vit dans un monde parallèle où attraper les fesses, ça doit vouloir dire « bonjour, ça va ? », une fesse seulement quand on veut montrer du respect à la personne. Ensuite, des vidéos sont ressorties de Ménès embrassant de force une femme, puis une 2ème, des French kiss bien baveux que même une princesse Disney dirait « hé, c’est avec ça que je vais me réveiller de ce sommeil qui dure depuis 300 ans, espèce de bâtard ». Donc là, sur C8, Pierre Ménès s’excuse, OK, et dit « je ne referai pas ça aujourd’hui, le monde a changé, c’est Metoo, on ne peut plus rien faire, on ne peut plus rien dire ».

Et ça, ça m’a énervé, alors je vous rassure, je suis pondéré, il y en a quand ils s’énervent qui ravagent un F3 en hurlant, moi au maximum je déchire un timbre de ma collection en murmurant « aah ». Parce que ce truc de l’époque qui a changé, j’en peux plus, à quel moment, que ce soit en 72, 87, 2003 il a été normal de fourrer sa langue dans la bouche d’une personne non consentante et lui attraper les fesses, moi j’ai longtemps regardé le Grand échiquier, jamais je n’ai vu Jacques Chancel attraper les fesses de Simone Signoret. Déjà parce qu’elle avait les mains de la taille de la raquette de Nadal, prudence, mais surtout par savoir-vivre. 

Le problème, mon petit pote, ça n’a jamais été l’époque, c’est toi, je sais, c’est plus facile de se dire que c’est l’époque, quand je regarde des photos de moi en 91 où je pose avec la nuque longue de McGyver et la chemise à carreaux de Kurt Cobain, on dirait un castor qui aurait volé les fringues du bûcheron parti se laver dans la rivière, je peux dire c’était l’époque. Mais au final, celui qui a montré la photo de Richard Dean Anderson au coiffeur en lui disant « c’est ça que je veux », c’est moi. Donc on n’embrasse pas les femmes de force, quand on a des mains, on peut les garder dans ses poches, et même si on a Télé Poche dans une poche, parce que c’est à ça que ça sert Télé Poche, il reste une autre poche. 

Un truc m’a marqué dans l’interview de Ménès coupée par Canal, il dit à Marie Portolano « je remarque qu’au niveau décolleté tu m’as pas gâté aujourd’hui », c’est-à-dire que dans sa tête, depuis le matin 7h elle se dit « comment vais-je m’habiller pour Pierre Ménès », il pense que dans son agenda, elle a écrit Ménès sur l’ensemble de la journée, avec trois cœurs, en se disant « pour qu’il me remarque, je vais lui montrer mon corps », tout tourne autour de lui, si un jour il va sur une plage naturiste, il va prendre un mégaphone et crier « merci à tous, je suis très touché par cette attention ».

La suite à écouter et à retrouver en vidéo !

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