Alain Juppé était comme un roi à Bordeaux. Mais ça, c'était avant qu'il n'attribue la gestion des pv à une société privée et qu'il étende le parking payant à l'ensemble de la ville. Une nouvelle qui n'a pas plu aux Bordelais qui ont pris à parti le maire.

Alain Juppé, le maire de Bordeaux, mène depuis toujours une vie tranquille. Oui, Juppé, c'est l'anti-Macron. Autant l'autre ne dort jamais, ébloui qu'il est de se voir en action, tel une porno-star qui materait tous ses films afin de les juger au niveau technique, autant Juppé dégage l'énergie vitale d'un hérisson, mort le long de l'A13.

A Bordeaux, il fait partie des meubles, à tel point que quand la femme de ménage de l'Hôtel de Ville, le soir, lui met un coup de lingette, elle s'étonne parfois d'entendre ce qu'elle avait pris pour une commode murmurer : "Oui, ça chatouille, c'est bon, plus bas, han...". 

Et à chaque scrutin, il est réélu maire, parce que les Bordelais le kiffent. Il a  nettoyé la ville et a construit de nouveaux quartiers. Il a la vie d'un castor portugais. C'est une star régionale. Le Justin Bieber vieux de la Gironde. De connu, là-bas, il y a Patrick Chirac de Camping 3, le bronzage de Bernard Montiel et Juppé. Et son mojo ne marche que là-bas. Dès qu'il quitte Bordeaux, les gens s'en foutent de lui. A la primaire de droite, il s'était même fait battre par Fillon, le mammouth laineux de la Sarthe roulé dans du velours. On aurait dit un rouleau de printemps fabriqué par le patron des magasins Cyrillus. 

Juppé, s'il drague une femme devant la mairie en lui disant : "Tu vois bébé, ça c'est ma maison. On est sur du F40, c'est pas de la yourte de zadiste !" et qu'il l'emmène se balader en voiture, dès passé la pancarte de sortie d'agglomération le charme se rompt et elle appelle les flics en criant : "A l'aide ! j'ai été enlevée par un monsieur tout rigide ! 15 kms qu'on roule, il a pas cligné de l'œil ! Je pense que c'est une sculpture de Jeff Koons, son 1er monochrome...".

Bref, Juppé à Bordeaux, c'est le king. L'équivalent de Taylor Swift aux Etats-Unis mais avec du poil aux pattes. Samedi, il s'est donc dit : "Tiens, je vais présenter mes vœux au quartier Saint-Augustin, un coin de Bordeaux juppéiste, mes fans m'attendent, ils sont chauds comme des planchas, on sait jamais, je prends des capotes".

Sauf que là, rapporte France 3 Aquitaine, la chaîne qui peut tenir 2h sur la fête de l’huître du Cap Ferret, 200 personnes furax attendent Juppé, qui se dit : "Houlà, le peuple, cette masse grouillante qui devrait m'admirer autant que je m'admire moi n'a pas l'air jouasse. Ils tirent la même tronche que celle que je fais depuis 72, comment réagir ?".

Là, n'importe quel élu sensé fuirait, jurisprudence Louis XVI. On sait qu'une foule un peu en burn-out a vite fait de se prendre pour Cyril Lignac et séparer le gras du jambon sur l'élu. Mais Juppé, il se dit : "Je suis chez moi, je bouge pas". Il a l'état d'esprit de Saddam Hussein quand il s'est posé au Koweit en 90, à la cool avec ses tanks. 

Mais que voulaient ces 200 manifestants ? Et bien, ils protestaient contre l'extension du stationnement payant à Bordeaux. Avant, c'était gratuit, maintenant c'est payant. Soit le contraire des lives d'Eve Angeli. Explication, depuis peu, c'est une société privée, Urbis, qui contrôle le stationnement, à la place des agents municipaux qui ont vu leur fonction évoluer : ils jouent à la crapette et regardent BFM. 

Seulement qui dit société privée dit rentrée de brouzouf. Ils sont pas venus à Bordeaux pour lécher des canelés, donc tout est devenu payant, et ils alignent tout le monde. S'il y a un petit vieux en fauteuil qui fait une pause, ils lui disent : "Ça fera 35 euros, papi, payable en espèces, chèque, CB, Paypal, bitcoins, même tu donnes ton chat si tu veux, du moment que tu raques".

Donc Juppé est pris à partie par les manifestants, mais aussi son adjoint, un certain Jean-Louis David. Il faut que ce soit le mec qui a perdu ses cheveux à 12 ans et demi qui bosse avec Jean-Louis David. En fait, Juppé est sans doute un énorme déconneur. Quand la carrière de Tex est morte, elle est venue s'installer dans lui. Si demain, une fille vient et lui dit : "Je m'appelle Camille Albane", il lui signe un CDD de 112 ans.

Donc Jean-Louis David parle, il dit : "Bonne année à tous". Il était temps, samedi on était le 27, donc il pouvait en même temps parler de 2019, mais les riverains en colère sifflent et crient, donc on n'entend rien. Juppé dit alors : "C'est la 8ème cérémonie de vœux que je fais là, jamais je n'ai vu ça". Les gens répondent "Bah c'est la dernière !". Personne à Bordeaux n'a encore parlé comme ça à Juppé, ça équivaut à dire à la reine Elizabeth : "Dis donc ma loute t'as pensé à faire l'émission Relooking Extrême, parce que là, les couleurs dès que tu passes à la télé, j'ai mon écran LED qui fume". 

Jean-Louis David, outré que des manants parlent ainsi à Juppé 1er, duc d'Aquitaine, dit à un manifestant : "Ferme-là un peu", avant de le pousser. Le type tombe. C'était une cérémonie de vœux gérée par un senior, ça se termine en pogo d'un concert de Slayer. Là, Juppé se dit "Mon dieu, quelle violence, des gens de la rue nous touchent, c'est affreux !", il met fin au truc et se taille, sans même taper dans le pain surprise. Alors que si les mecs se font élire, c'est pour tiser et manger. Le reste c'est nul, ça consiste juste à attribuer les différentes tâches de la municipalité à des boites privées qui vont saigner le gugusse. 

En attendant, pour Juppé, c'est super, il a été sifflé, bousculé, Jean-Louis David a poussé un type, fini le centrisme mou et les SMS d'amour envoyés à Macron, à 72 ans enfin il est rock'n'roll. 

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