Dans cette chronique, Tanguy Pastureau nous parle de la statue qui va être édifiée en hommage à Johnny Hallyday à Paris et qui fait polémique.

Je ne sais pas vous, mais moi Johnny Hallyday me manque, et je le dis sans ironie. J’aime les rockers, parce qu’ils font tout ce que jamais j’oserais faire, porter du cuir par exemple, je peux pas, ça colle, on transpire, il faut savoir que les vaches elles-mêmes se frottent aux troncs des arbres pour essayer de retirer le leur. Certaines tournent devant le magasin Cuir Center en criant « allez-y les mecs, désapez-moi, meuh, elle vous tente pas, cette croupe ? ». 

Autre chose que les rockeurs font qui m’est impossible, saccager des chambres d’hôtel, moi une fois à l’Ibis Styles de Dijon j’ai fait tomber ma lampe de chevet, j’en étais déjà malade. Je suis sorti par la fenêtre tellement j’avais honte, 3ème étage, j’ai glissé, une fois en bas je ressemblais tellement à la lampe de chevet que j’avais cassée que le réceptionniste m’a ramassé, j’ai passé 2 ans sur la table de chevet de la 202.

J’en ai vu des cochonneries, un jour il y a même un type qui à la télé a mis l’émission d’Eric Brunet. Moi, une journée à vivre comme Johnny, le soir on m’enterrait, je tiens pas l’alcool, une fois j’ai croisé Jean Lassalle dans un couloir, j’ai fait 2 jours de coma éthylique. C’est ça le rock’n’roll, de la gnôle, des tatouages, des sécrétions et des T-shirts avec un aigle survolant une meute de loups et qui tient dans son bec le drapeau sudiste. 

Le rock, c’est sulfureux, d’ailleurs ils meurent tous avant 30 ans, sauf les Stones, mais on leur a changé tous les organes, Keith Richards on lui a mis le foie du pape François, il ne s’en sert pas. Même ses dents datent de 2002, les anciennes avaient pourri, quand il ouvrait la bouche pour demander « qui a de l’héro ? », l’équivalent pour les gens normaux de demander « qui a l’heure ? », il y avait 9 morts dans la pièce. Les scientifiques disaient que son haleine était plus nocive que le gaz sarin.

Bref, j’aime Johnny, et j’étais content quand récemment, Laeticia, la personne qui vit son deuil comme nous nos vacances en août, a annoncé qu’une statue en hommage à Jojo allait être édifiée à Paris. Tout a été calé, ce sera le 14 septembre, devant Bercy, la salle de concerts, Anne Hidalgo a dit OK, elle a déjà validé un gros cœur géant perché à 9 mètres de haut Porte de Clignancourt et le bouquet de tulipes de Jeff Koons qui en fait d’après l’artiste, sont des anus, en fait, c’est un parcours artistique qui raconte les différentes étapes d’une relation.

Je pense que la prochaine œuvre on verra un couple qui s’ennuie chacun sur son portable au resto. Et là, pour l’œuvre hommage à Johnny, on reste dans le kitsch, puisqu’ils vont foutre une Harley Davidson en haut d’un mat en forme de gratte, Johnny, moto, guitare, ça fait sens, à la mort de Florent Pagny, on construira une feuille d’imposition en acier de 16 mètres de long entourée de poils de barbiche en lin, pour Anne Hidalgo elle-même on mettra un Vélib avec dessus Rémi du film Ratatouille, etc. 

Sauf que Bercy, c’est dans le 12ème, arrondissement géré par Emmanuelle Pierre-Marie, une maire écolo de 50 ans, et autant la guitare, elle n’a rien contre, même si on la sent plus gangsta rap de la west coast, autant la Harley, elle ne veut pas, car dit-elle au journal Le Monde, cette moto symbolise tout autre chose que la ville durable et apaisée que nous voulons créer. Le trip de ces gens-là est de bannir toute forme de moteur, et à terme de n’autoriser que les déplacements à dos de mule, et encore si elle flatule, trop de bruit, la bête sera tuée et découpée par un producteur de saucissons bio équitable favorisant le retour à l’emploi de migrants en situation de handicap. 

Moi vous me connaissez, l’écologie je suis pour, j’aime les bêtes, tant qu’elles sont loin de moi, mais Paris, c’est une ville, ça ne sera jamais apaisé, une ville il y a du bruit, des fêtes, des klaxons, nous pour annoncer le journal de 13h, on hurle 13h, on ne ferait pas ça si le studio était dans un petit village du Var. Nagui, vous nous diriez « chut, parce qu’à côté de la radio il y a la partie de boules, là c’est Bébert qui pointe », et on se tairait. Mais Paris, c’est le chaos, depuis toujours, on vit dans des effluves de pisse, avec un mobilier urbain soit moisi soit rouillé, moi j’ai perdu mes 2 tendons d’Achille à la suite de collisions avec des graphistes à trottinette électrique qui remontaient le trottoir, depuis pour me déplacer je rampe, ma vie c’est Koh Lanta avec du bitume, Paris jamais ne sera ni durable, ni apaisé, ni gentille. Si vous voulez du vert, il y a les Landes, vous avez des pins, des surfeurs désirables et les variants en avant-première, donc partez.

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