Retrouvez les contributions de ces dix "primo-votants", qui entameront leur vie de citoyen avec la présidentielle de 2017. Cette semaine, Arthur, Issa et Salomé sont à Bobigny.

Cette semaine, une rencontre avec la jeunesse des quartiers. Salomé, venue de Lille (59), et Arthur, d’Issoire (63), ont suivi Issa, étudiant en histoire à Bobigny, co-organisateur de la manifestation pour Théo. Une soirée pour rencontrer Anis, Francis et Almamy, trois profils engagés.

Anis, 18 ans, actif dans des associations à vocation sociale

« Grandir dans ce style de vie-là, ce n’est pas le plus facile, mais on a un toit au-dessus de la tête et à manger dans l’assiette. (...) La chance n’existe que pour les autres, et le travail est pour les nôtres. »

Francis, 18 ans, s’est engagé dans une voie culturelle

Il vient de créer deux associations.

« Il y a des moments de ma vie où je n’étais pas perdu, mais ça n’allait pas trop et je me suis retrouvé grâce à l’art et à la culture. (...) À partir de la 1re, mon professeur de théâtre m’a tout appris : bien parler, bien me comporter, sortir. Un bagage intellectuel et social. (...) Je crois qu’il y a la politique et le politique. Mon engagement culturel, c’est le politique ; les élections, c’est la politique (et je ne suis pas engagé là-dedans). Le politique, c’est s’occuper des gens. »

Almamy, éducateur spécialiste et engagé en politique

Proche de la quarantaine, Almamy a passé vingt années à jouer la mixité sociale, à encadrer les jeunes.

« À un moment, j’ai atteint mon plafond de verre. Après tant d’initiatives et de bonnes volontés avec les associations et les habitants, il a fallu que j’engage une réflexion. Pourquoi avions-nous toujours ce sentiment de faire l'objet de mépris et considéré comme des sous-citoyens ? (...) Le premier acte politique est de préserver son environnement. Aux jeunes en colère, je dis : "Ne vous trompez pas de cibles." (...) On fait plus de dégâts en intervenant dans un débat qu’en attrapant un col blanc par la cravate. »

Quand Arthur se demande si un jour un gouvernement ou un hémicycle ne prendra pas conscience de la richesse qui émane des quartiers populaires, une richesse que les élus pourraient encourager, Almamy oppose du scepticisme : « C’est trop tard. Les cols blancs ont un logiciel verrouillé. Douze ans après Zyed et Bouna, l’histoire nous montre qu’ils n’ont tiré aucune expérience de 2005. (...) En me mettant à leur place, on a affaire à une population qui ne se déplace pas aux urnes, donc pourquoi s’intéresser à leurs préoccupations ? Ça les arrange de nous cataloguer comme un désert politique. »

Almamy mettra un bulletin blanc, comme à chaque élection présidentielle. « Aucun candidat ne me représente. (...) On a eu la gauche, on a eu la droite… et on veut nous faire croire que les extrêmes pourraient apporter quelque chose de nouveau, mais en regardant de plus près, ils ont côtoyé les mêmes bancs et subit le même formatage. C’est du "reset" qu’il nous faut. (...) On vit dans une "ripoublique" avec les forces du désordre. On n’est pas en République. »

Almamy s’est donc engagé en politique, cofondateur du mouvement Emergence, une liste citoyenne en 2008 qui recueille 11% des suffrages et les Législatives en 2012 avec pour slogan sur les affiches "l’habit ne fait pas le député".

Sur le chemin du retour, Arthur et Salomé ne reviennent pas du décalage entre l'idée qu'il se faisaient de Bobigny et la réalité qu’ils venaient d’approcher. Ce décalage, Issa, Francis et Anis l’attribuent aux reportages des chaînes de télévision. « Honnêtement, il n’y a jamais de reportage positif sur la banlieue. Les épisodes de violence sont rares, et ils en font une habitude quotidienne. (...) Exemple, la dernière manif pour Théo : tout le monde a parlé des violences causées par des minorités aux abords, mais personne n’a évoqué le bel état d’esprit. On chantait tous La Marseillaise, c’était un moment magnifique. Après, on a regardé les chaînes d'info, personne n’en a parlé, c’était que les images en boucle de poubelles qui brûlaient. (...) Les médias ne sont là que pour alimenter les fantasmes et l’idée que les gens se font de la banlieue. »

Retrouvez les contributions de ces dix jeunes "primo-votants", qui entameront leur vie de citoyen avec la présidentielle de 2017. Ce qu'ils en attendent, leurs aspirations, chaque samedi au micro de France Inter.

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