Il y a des jours où Charles Pépin, philosophe, se prendrait presque pour une nature morte. Il se retrouve dans les pommes et les oranges de Cézanne, ou bien dans "La Raie" de Chardin. La raie a beau ressembler à un fantôme, elle lui inspire mille agapes.Réécoutez son récit à la radio (3') ou regardez l'autre version, en vidéo.

Traits pour Traits, la vidéo (1'30)

Pour profiter de l'expérience, préferez le mode plein écran

L'oeuvre: La Raie (avant 1728)

Jean Baptiste SiméonChardin

C’est en présentant ce tableau, ainsi que son pendant, Le Buffet , que Chardin a été agréé et reçu à l'Académie Royale de peinture en 1728. Cette nature morte (d’une taille exceptionnellement grande pour cet exercice) est divisée verticalement en deux parties, séparées par la raie : à l’inanimé de la cruche, du chaudron et des ustensiles de cuisine (à droite), s'oppose à gauche le vivant : petit chat au poil hérissé, huîtres en équilibre, poissons, poireaux. Ce tableau est composé de triangles imbriqués : le principal étant tracé par la raie ; le chat et les huitres, d’un côté, la nappe et les ustensiles de l’autre formant deux autres pyramides. Pour Diderot, il s'agit là d'un chef-d'œuvre : « L'objet est dégoûtant, mais c'est la chair même du poisson, c'est sa peau, c'est son sang... Regardez bien ce morceau... et apprenez, si vous pouvez, le secret de sauver par le talent le dégoût de certaines natures ». Ce que fit d’ailleurs Matisse en le copiant en 1896. Proust admira « la beauté de son architecture délicate et vaste, teintée de sang rouge, de nerfs bleus et de muscles blancs, comme la nef d'une cathédrale polychrome ». (Bibliothèque de Radio France)

Huile sur toile - 114 x 146 cm - Musée du Louvre (Paris)

Henri Matisse : La Raie d’après La Raie de Chardin

Crédit photographique : Marc Perrin

Charles Pépin vient de publier "Quand la beauté nous sauve" chez Robert Laffont

Les conférences philosophiques de Charles Pépin à Paris >

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.