Et un et deux ! LE FREAK, C'EST CHIC, FREAK OUT !

Et d'abord un aveu. Suivi d'une mise au point.

Nous sommes nombreux... Ou peut – être étais – je seule ?? À m'être déhanchée sur ce tube en croyant qu'il s'agissait d'une ode à la thune, au grisbi, bref au grand capital : « le fric, c'est chic. »

Le Freak par Chic dans l'émission Numéro 1 :

Mais il n'en est rien puisque le Freak, F.R.E.A.K est un faux ami bien sûr. Il s'agit ici d'une danse, je dirais même plus, le freak signifie déchaînement corporel, une invitation... **à libérer le démon qui est en toi.** C'est ça. Cela dit, « le freak c'est chic » aurait pu être une expression française vu que le groupe Chic a commis quelques paroles dans la langue de Molière. Le titre qui figure sur la face B de _Le Freak_ par exemple, c'est un morceau qui s'intitule _Savoir Faire_ . Et selon le guitariste Nile Rodgers et le bassiste Bernard Edwards les deux fondateurs du groupe Chic, cette francophilie assumée était pour eux une façon de s'inscrire dans la lignée des jazzmen noirs américains qui s'étaient exilés à Paris dans les années 50, une époque où la lutte pour les droits civiques n'était pas gagnée aux Etats – Unis. Mais l'année où sort Le Freak, c'est__ 78. Contrairement à aujourd'hui, les temples de l'époque ne sont pas des bars à smoothies. Mais des discothèques. Souvenez – vous. La culture des clubs atteint alors le grand public avec John Travolta qui devient une icône cette année – là...
C'était La fièvre du Samedi soir. Avec son torse option moquette, Travolta y était aussi mal sapé qu'un patineur artistique. De son côté Chic optait plutôt pour des costards sur mesure et des choristes en tailleur avec bibi à voilette. Mais l'histoire du groupe est tout aussi indissociable des discothèques. Nous sommes le 31 décembre 1977, Nile Rodgers et Bernard Edwards se présentent à la porte de LA boîte new yorkaise à la mode (arrivée ambiance) à savoir le studio 54. Ils se font refouler comme des malpropres, rentrent chez eux, s'arsouillent toute la nuit et composent ce morceau, Le Freak, qui commençait à l'origine par : Mais oui. En spéciale dédicace au videur du studio 54 qui leur avait dit non à l'entrée de la boîte. « ah fuck off » se transforma donc en « ah freak out ». Résultat : un an après cette mésaventure à la porte du studio 54, toutes les discothèques et radios du monde diffusèrent ces quelques vers : « Just come on down. Mais descends donc ! to the fifty four au 54. « Find the spot out on the floor » Et impose - toi sur la piste ! Ah Freak out ! Déchaîne toi ! Le Freak, c'est chic Freak Out ! Déchaîne toi ! Voilà pour la légende qui présida à la naissance de cette chanson. Cela dit, l'idée de génie avec Le Freak, c'est que le morceau ne commence pas par un couplet mais par son refrain. Direct. Et puis à la moitié du morceau, un pont survient. Une sorte d'interlude. Un moment qu'on attend comme un graal. Car la tension monte... et c'est la basse qui nous soulage en donnant la coup d'envoi... Sont ensuite posés les fondamentaux du disco : des nappes de cordes qui montent qui montent... La guitare cocotte de Nile Rodgers, très largement copiée depuis. Des paroles laconiques. Et on tape dans les mains... Avant que la chanson ne retombe sur ses pattes : grâce à la basse encore une fois. (À blanc) C'est Imparable. La puissance de Chic, c'est ça. L'union parfaite entre la basse de Bernard Edwards et la guitare de Nile Rodgers. D'autres tubes suivront et le duo Edwards - Rodgers se retrouvera à produire les albums de : Diana Ross, Madonna, Sheila ou David Bowie. Nile Rodgers se retrouvera aussi musicien pour le Nougayork de Nougaro. Aujourd'hui, Bernard Edwards est mort, mais Nile Rodgers est toujours là. Après des années de purgatoire où les mélomanes se bouchaient le nez en évoquant la musique disco, Rodgers est même devenu le musicien qu'on s'arrache. Ben oui. Les Pharell Williams et autres Daft Punk qui étaient mômes au moment du succès de Le Freak sont les quadras influents d'aujourd'hui. Alors le 26 janvier dernier, Nile Rodgers était sur la scène des Grammy Awards avec Daft Punk. 2 générations sont alors sur scène : Nile Rodgers & Stevie Wonder d'un côté. Pharell Williams et Daft Punk de l'autre. Tous mélangent dans un même morceau Le Freak et Get Lucky. [](http://www.gentside.com/daft-punk/grammy-awards-2014-daft-punk-fait-un-triomphe-avec-pharrell-williams_art58551.html)_par [Gentside](http://www.gentside.com)_ 2 titres qui ont 35 ans d'écart mais qui dans un même élan t'invite : à libérer le démon qui est en toi. Du coup ce soir là dans la même salle Beyoncé ondule du cul et Paul Mac Cartney danse comme une patate... Or donc, en musique comme en bien d'autres domaines, rien ne se perd tout se transforme. Et si Nile Rodgers a pu déclarer : « avec le succès de Le Freak, j'ai pu m'acheter une mercedes assortie à ma cravate marron. » J'ajoute qu'avec la nouvelle carrière qui s'offre à lui à 60 ans passés, il va pouvoir très largement changer et la cravate et la bagnole. Un merci particulier à Emmanuel Perrot et David Federmann pour cette chronique. L'excellente autobiographie de Nile Rodgers,_C'est chic_ , est paru aux Éditions Fromentin
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