James Brown parce qu'il est des matins où la musique permet de se la péter. De prendre sa brosse à cheveux pour un micro, de sortir les pans de la chemise du pantalon et de faire : "I feel good. Talalalalala."James nous dit qu'il se sent bien, Et bien vous savez quoi ? On est content pour lui. C'est ça. Heureux, de cette voix féroce qui contraste avec la fausse désinvolture d'une ligne de cuivres. Heureux de cette voix, oui, qui selon le Jamesbrownologue Philipe Manoeuvre, je le cite : "insuffle la rage aux faibles et fait paniquer les durs".

Nous sommes en Octobre 65. 8 mois plus tôt, en Février, Malcolm X a été tué par balles. En Août de la même année, le ghetto noir du quartier Watts de Los Angeles s'est embrasé, bilan 34 morts. Et James Brown décide de bomber le torse plus que jamais : dans cette chanson, I got you, I feel good, il nous dit qu'il a conquis le cœur d'une fille et qu'il savait qu'il y arriverait. 3 ans plus tard il chantera : "Dis le fort, je suis noir et j'en suis fier."Ce gamin du sud des États – Unis, qui a grandi dans un hôtel de passe, ciré des chaussures et cueilli du coton incarne la réussite et la fierté afro - américaine. Alors quand à la fin de tous ses concerts, on lui couvre les épaules d'une cape de satin, c'est à la fois un boxeur et un superman noir qui s'éloigne... ou en tous cas qui fait semblant... parce que son superpouvoir, et il fait le coup à chaque fois, c'est de revenir sur le devant de la scène comme s'il ressuscitait. Pour les afro – américains, James Brown est donc à la musique ce que Mohamed Ali fut à la boxe. D'autant que de la boxe... James en a tâté aussi. Et ça s'entend. En 1965, après avoir chanté du gospel et du rythm'n' blues, James Brown invente le funk. Soit : un chant qui au fil des années valorise plus le rythme et les punchlines que la mélodie. Autour de sa voix : une section rythmique en béton et des cuivres avec notamment Fred Wesley et Maceo Parker. Avec leurs pouets, ils ponctuent le tout de virgules impeccables.Ce dialogue épuré de cuivres, voix, batterie, James l'a éprouvé dans un tube précédent qui est comme le faire – part du funk.

Quelques années plus tard le hip hop s'inspire très largement du flow et des rythmes de Mister Brown. Et dans l'orchestre de James, ça avait intérêt à tourner je peux vous dire : une fausse note, un pantalon avec un faux pli et paf ! 5 dollars d'amende pour le musicien.James se déplaçait d'ailleurs avec une armée mexicaine, 30 personnes dont valets et costumières.Il avait notamment cette combi moulante où étaient brodées les 3 lettres SEX – Et il n'y avait que ma grand – mère pour se demander : "ce truc là, c'est une broderie au point de croix ou au point mousse ?". Sinon on voyait ses initiales cloutées JB.Une garde robe tout en humilité et sobriété, autre source d'inspiration pour les rappeurs.Et puis James avait 2 coiffeurs, oui 2, pour lui faire son brushing..C'était plus des cheveux, c'était de l'acier, qui devaient résister le plus longtemps possible à ses mouvements frénétiques...

En effet, James Brown, c'est une gestuelle pompée, entre autres par un blanc bec qui s'appelle Mick Jagger. C'est aussi un jeu de jambe que Michael Jackson s'est approprié - je l'ai déjà dit ici mais le Moonwalk, ce n'est pas Michael, c'est James. Quant au grand écart soudain, qui me fait craindre à chaque fois qu'il va se péter les abducteurs et ben c'est Prince qui l'a repris.Dans une interview que James Brown accorda au Philippe Maoeuvre sus – cité pour le journal Libération du 29 et 30 Septembre 84, Mister Brown a déclaré : "Dieu est partout et juste après, il y a James Brown. Je veux bien le croire en fait.

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