Bob Dylan vient de recevoir le Prix Nobel de littérature. Pour l'occasion, Rebecca Manzoni décortique "Like A Rolling Stone". Ou comment faire rentrer du sens dans le Rock & Roll.

Bob Dylan à Paddock Wood en 2012
Bob Dylan à Paddock Wood en 2012 © Getty / Gus Stewart

En 1965, quelque part dans le New Jersey, un gamin du nom de Bruce Springsteen raconte :

La première fois que j'ai entendu "Like A Rolling Stone", j'étais dans la voiture de ma mère. Et quand ce claquement de caisse claire est arrivé, c’est comme si quelqu’un ouvrait d’un grand coup de pompe la porte de mon cerveau. À partir de là, le rock and roll pouvait être physique et pas anti-intellectuel.

"Like A Rolling Stone" est peut-être la seule chanson pop de l’histoire qui commence par “Once upon a time”, « il était une fois » comme si Dylan allait nous raconter un conte de fées. "Like A Rolling Stone" est pourtant l’épopée d’une chute. Celle d’une jeune fille, à qui Dylan s’adresse avec ces mots :

Tu avais pour habitude de te moquer de tous ceux qui traînaient dehors. Maintenant, tu ne parles plus si fort. Maintenant, tu ne sembles pas si fière d’avoir à quémander ton prochain repas.

Et il interpelle cette fille dans le refrain.

Si Dylan l’un des inventeurs du rock, est aujourd’hui Nobel de littérature, c’est peut-être parce qu’avec sa poésie, il a ouvert le rock à d’autres thèmes. En 1965, le rock parle essentiellement d’amour et de sexe. Et Dylan inscrit définitivement la satire sociale au programme. En 1965, l’Occident vit la croissance économique avec les Trente Glorieuses. Dylan écrit une chanson sur cette trouille qui nous parle aujourd’hui : celle de se retrouver à la rue du jour au lendemain. "Like A Rolling Stone" raconte le déclassement. C'est le récit d’un excès de confiance avant de tomber.

Jusqu’ici, la conscience sociale était du côté de la musique folk, dont Dylan est le héros depuis trois ans. 1965 est l’année où il fait définitivement entrer l’électricité dans sa musique.

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