En 1955, un énergumène étonnant du nom de Little Richard bouscule les conventions toutes fraîches du rock and roll avec un tube qui fera date : "Tutti Frutti" était né.

Little Richard (Richard Wayne Penniman) sur scène, au B B King Blues Club le 15 janvier 2007
Little Richard (Richard Wayne Penniman) sur scène, au B B King Blues Club le 15 janvier 2007 © Getty / Hiroyuki Ito

Crée par le petit Richard, un garçon pourtant immense dans l’histoire du rock’n’roll, ce tube naît dans la cuisine d’un bar où Little Richard fait la plonge. Et comme dans une cuisine, il y a rarement une batterie, le jeune Richard balance :" wop bop a loo bop a lop bom bom "… Pour imiter le son de la batterie, tout en lavant les verres.
D’ailleurs même quand il aura une vraie batterie, avec un orchestre au complet derrière lui, tout le monde s’arrêtera de jouer pour qu’il balance ce truc. A capella. Ce roulement de tambour fait avec la bouche, c’est comme tirer sur une ficelle pour démarrer un moteur. A chaque fois, ça relance la machine infernale de la chanson.

Quant à cette expression Tutti Frutti, Little Richard explique : 

« Tutti Frutti c’est venu de nulle part. Je le disais mais je ne savais pas ce que ça voulait dire."

Nous sommes en 1955, Little Richard, troisième rejeton d’une famille qui en compte douze, le p’tit Richard donc, a 23 ans. Elvis Presley, Bill Halley et Chuck Berry viennent tout juste d’allumer la mèche du rock’n’roll. Little Richard est celui qui va embraser l’affaire. Si Elvis a des restes de crooner, le p’tit Richard chante comme on crie. Avec lui, tous les signaux sont dans le rouge.

Little Richard joue du piano debout en faisant du boogie woogie à toute berzingue. Il déboule sur scène avec manières et look efféminés, une coiffure Pompadour, ultra laquée, les yeux maquillés et une fine moustache  qui a l’air tracée au crayon. Quand on le regarde, on se dit que décidément Prince lui a tout piqué. Et Little Richard de déclarer :

Si Elvis est le roi du rock’n roll, moi j’en suis la reine.

Et c’est un rockeur noir qui arrive dans une Amérique de 1955, où Rosa Parks, afro-américaine, refuse de laisser sa place dans un bus pour protester contre la discrimination raciale. Noir et homosexuel, Little Richard connaît son premier succès avec « Tutti Frutti » mais c’est la version lisse de Pat Boone qui achève d’assurer une respectabilité de la chanson auprès du public blanc. Comme Pat ne croit pas un mot de ce qu’il chante, il réussit à transformer « Tutti frutti » en chanson pour dancings.

Mais au départ, les paroles étaient encore plus subversives. Dans sa version originale, Little Richard en avait fait un hymne homosexuel, avec apologie de la sodomie. A l’écoute, dans le studio, le producteur se dit que décidément c’est pas possible. Les paroles sont réécrites, et au final il sera question d’une Sue et d’une Daisy, des filles qui savent comment s’y prendre chante-t-il.

Tutti frutti fait donc partie de ces chansons qui ont écrit les Tables de la Loi du rock’n roll, à l’instinct. Et tout le monde l’a reprise.

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