À la fin de l'année 1978, le chanteur, alors peu connu, Daniel Balavoine confesse que devenir chanteur célèbre, cela pourrait être une option. Avec "Le Chanteur", il commet son tout premier tube en mêlant ainsi aveu sincère et ironie.

Daniel Balavoine en 1986
Daniel Balavoine en 1986 © Getty / jerome prebois

Quand on pense à un tube, on en fredonne le refrain souvent - en l'espèce, cette chanson est une exception parce que ce qui vient tout de suite, ce qui l'identifie, c'est son premier vers : "Je me présente, je m'appelle Henri". 

Et comme vous le savez, Henri aimerait bien "réussir sa vie, être aimé" - et pour cela, Balavoine semble nous dire que devenir chanteur célèbre, ce peut être une option - avec Henri pour prénom. 

On est en 1978, ça fait belle lurette queles Yéyés, c'est fini. On a donc plus besoin de s'appeler "Eddy" ou de "Johnny". Et puis, à l'époque, la chanson française s'affirme avec des Michel,  de Polnareff à Delpech en passant par Berger. En fait, Henri, c'est vous, c'est moi.

Au point qu'aujourd'hui encore, sur YouTube, des anonymes continuent de détourner "Je me présente" en remplaçant "Henri" par "Sophie" ou "Thierry". 

Balavoine commet donc son tout premier tube avec un texte qui a l'air simple et qui mélange pourtant aveu sincère et ironie

L'aveu d'abord : en 1978, ça fait dix ans que Balavoine rame. Il rêve de succès et il le proclame en chanson. Il déclare "On ne s'engage pas dans ce métier sans penser qu'on va y réussir, qu'on va devenir le meilleur".

"Et partout dans la rue / J'veux qu'on parle de moi / Que les filles soient nues / Qu'elles se jettent sur moi / Qu'elles m'admirent, qu'elles me tuent / Qu'elles s'arrachent ma vertu". On dirait un portrait de Claude François, mort au printemps cette année là.

Dans les couplets suivants, Balavoine ironise sur les vedettes du star system qui "font pleurer les yeux", "qui font leurs adieux", pour mieux recommencer l'année d'après. 

Sur la pochette de l'album, qui porte le même titre que ce morceau, "Le chanteur", Balavoine est en costard blanc, mais sa tête est coupée. Elle est à côté de lui, dans un écran de télé sur lequel il s'appuie. 

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Balavoine, c'est l'histoire d'un homme qui a soif de gloire, qui a conscience que c'est devenir un produit de l'industrie, mais qui se veut artiste quand même

Mais pour cela, il impose ses vues - dont sa voix de fausset - une voix que détestait le patron de sa maison de disques, Eddie Barclay. 

Alors si dans ce tube, Balavoine commence par alterner refrains aigus et couplets plus graves, il déroule toute la dernière minute du titre en restant perché dans les hauteurs, comme si le refrain ne s'arrêtait plus. Il y a un sax ténor pour faire un discret contrepoint. 

Ce n'est pas la première fois qu'un chanteur parle de son métier et des désillusions qui vont avec : 

  • Delpech l'a fait avec une ballade qui s'intitulait "Quand j'étais chanteur" en 1975. 
  • Robert Charlebois signe une autre ballade, une autre chanson sur le même thème, "Un gars ben ordinaire", paru en 1971. 
  • Et puis, il y a Aznavour, qui se décrit en chanteur raté avec "Je me voyais déjà" dès 1960. 

Aznavour le fait avec l'allégresse d'un air de music-hall. Fin 1978, Balavoine se lance sur le sujet avec une partition qui a l'air de commencer comme un vieux générique télé.

Avec "Le Chanteur ", Balavoine annonce avant tout le monde l’esprit des années 1980.

"J'voudrais bien réussir ma vie, être aimé / Être beau, gagner de l'argent / Puis surtout être intelligent / Mais pour tout ça il faudrait que j'bosse à plein temps"

On est en 1978 et depuis une dizaine d'années, la jeunesse rêve de collectif avec son morceau Balavoine chante que les temps ont changé. Son récit est celui d'une envie de réussite individuelle et il souligne qu'il y a un prix à payer. 

Au fond avec "Le chanteur", il annonce tout l'esprit des années 1980. 

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