Avant-hier, le film dédié à la vie d’Aretha Franklin est sorti sur grand écran, c’est “Respect”. Et ce matin nous consacrons notre Tubes N’Co à la chanson qui porte le même titre.

Scène 1 : elle passe la nuit à s’engueuler avec son mari dans une chambre de motel en janvier 1967. Et elle se casse. 

Scène 2 : 15 jours plus tard. Aretha Franklin est à New York pour enregistrer cette reprise, qu’elle a réécrite avec ses sœurs.  

Comme une façon de mettre les points sur les “i” à son bonhomme.  

Tout ce que tu désires, je l’ai.” Tout ce dont tu as besoin, je l’ai”. En deux phrases, elle parle autant de ses seins et de ses hanches que de son compte en banque. 

Au nom de son corps, de ses désirs à elle et de son indépendance financière, elle demande le respect.  

Rien à voir avec la version originelle d’Otis Redding, paru deux ans plus tôt en 1965

Là, chez Otis, c’est l’histoire d’un homme fourbu qui rentre d’une dure journée de labeur. Il pourvoit aux besoins de madame, alors une fois à la maison, elle va pas l’emmerder en plus. 

Mais à présent revenons à Aretha, définitivement. 

1967, l’année où elle chante SA version, des émeutes raciales éclatent à Détroit et le discours non violent de Martin Luther King s’essouffle.  

Le “Respect” d’Aretha Franklin est plus efficace que les mots de Luther King.  

“Respect” est un manifeste au moins à double titre. 

Respect exigé, contre le racisme de l’Amérique blanche. Et contre les dérives machistes de la communauté noire. 

Et les chœurs  répètent “ree ree ”, comme un mantra.  

“Re”, c’est la première syllabe de Respect, et c’est aussi le diminutif d’Aretha. 

Et les sœurs d’Aretha et Cissy Houston qui assurent les chœurs répètent “sock it to me” comme une obsession. Ça veut dire quoi “sock it to me” ? 

Ça veut dire “vas-y ! ”. Un appel au sexe, à un moment du morceau où Aretha dit à son gars :  

Continue d’essayer. Tu commences à manquer d’imagination”

Dans sa biographie “Aretha Franklin, portrait d’une natural woman”, Sebastian Danchin précise que l’été 67, année du summer of love, le “sock it to me” d’Aretha s’est retrouvé graffé sur les murs des ghettos et des campus.  

Que c’est même devenu un autocollant posé sur les pare-chocs des bagnoles.  

Ce sont non seulement les afro-américaines mais toutes les femmes au foyer de l’Amérique blanche, coincées entre les mômes et la cuisine encastrable qui se reconnaissent dans “Respect”, hymne féministe. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Accompagnée par la section de cuivres du studio Fame de Muscle Shoals, Aretha ne délivre plus une chanson. Mais un boulet de canon. C’était à l’Olympia, en 1968. 

  • Légende du visuel principal: Aretha Franklin en 1968 © Getty / Express Newspapers
Les invités
L'équipe
Contact
Thèmes associés