Exceptionnellement, nous vous proposons la réécoute d’un épisode de Tubes N'Co dédié à “Superstition” de Stevie Wonder.

"Stevie Wonder impose sa joie pleine avec Superstition. La chanson moque ceux qui ne prennent pas leur destin en main et préfèrent se laisser gouverner par des superstitions."
"Stevie Wonder impose sa joie pleine avec Superstition. La chanson moque ceux qui ne prennent pas leur destin en main et préfèrent se laisser gouverner par des superstitions." © Getty / Michael Ochs Archives

New York. Electric Lady Studio, fin Mai 1972. Stevie Wonder se tient prêt derrière un engin qu’on appelle un clavinet.  

Un clavinet, sonne comme un clavecin électrique. 

Mais avant de le savoir, j’ai longtemps cru que Stevie Wonder avait inventé l’une des ritournelles les plus populaires de la musique mondiale… en faisant chanter un flipper. 

A ce moment-là, Stevie Wonder travaille sur son nouvel album, le quinzième. 

A l’époque, il a 22 ans.  

Il publie des disques depuis qu’il en a 11 et il est chaperonné par un grand label américain de musique soul qui s’appelle Tamla Motown. 

Mais à 22 ans, non seulement le p’tit Stevie est devenu majeur pour l’état civil, mais en plus, il a déjà eu des succès qui lui permettent d’imposer ses volontés à la Motown.  

Et ce que veut Stevie, c’est faire entrer la musique noire américaine dans une autre galaxie.

Superstition, c’est l’histoire d’un jeune homme qui a conquis sa liberté artistique et qui impose son style. 

Depuis quelques années, Stevie Wonder est fasciné par les nouveaux sons produits par les synthétiseurs. Un instrument traditionnel comme la guitare basse par exemple, il la remplace par un synthé, qu’on appelle le moog. 

Là-dessus, il ajoute le clavinet. 

D’habitude ça n’est qu’un instrument d’accompagnement, mais Stevie bouscule les règles en lui donnant le rôle numéro 1, puisque c’est ce son-là qui fait la signature de Superstition. 

Au final, Stevie superpose 8 couches de clavinet. Non seulement, il en joue à contre–temps mais en plus il jongle avec les échos.  

A partir de là, faisons un point route : avec une usine à gaz comme ça, la bande son pourrait frôler le carambolage. 

Mais c’est pas fini ! Stevie Wonder continue d’échafauder le morceau en ajoutant des cuivres, des instruments plus traditionnels, qui relient Superstition à l’histoire de la musique noire américaine. 

Je vous propose d’entrer dans la cabine d’enregistrement. Steve Madaio est à la trompette et Trevor Lawrence, au saxophone ténor. 

Après ça, Steve et Trevor font mine de se balancer sur un rocking chair au moment où le patron posera son refrain. 

Mais c’est pas fini ! Parce que Stevie chante encore une autre mélodie qu’il tricote avec le tout. 

Et cette dinguerie, ce mille-feuilles dont il garde la totale maîtrise devient un assemblage évident. 

Dans un excellent livre intitulé Move On Up, La soul en 100 disques, Nicolas Rogès explique qu’en 1972, au moment où Stevie Wonder publie cette chanson, la musique soul est en plein désenchantement. 

L’assassinat de Martin Luther King en 68 a floué les espoirs nés de la lutte pour les droits civiques. Les thèmes du ghetto, de la drogue, du chômage qui enferment les afro–américains envahissent les disques, signés Marvin Gaye ou Curtis Mayfield. 

Là au milieu, Stevie Wonder impose sa joie pleine avec Superstition. La chanson moque ceux qui ne prennent pas leur destin en main et préfèrent se laisser gouverner par des superstitions. 

En 95, Stevie Wonder déclarait à Télérama. 

« Enfant, j’avais tous les défauts : j’étais noir, aveugle et pauvre. Condamné à cirer des chaussures ou à faire du macramé. » 

La suite, vous la connaissez.

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