Cela fait 30 ans qu’a été publié le premier album "Blue Lines" du groupe anglais Massive Attack et ce matin, TubesN'Co est dédié à l’un des morceaux de ce grand disque : “Unfinished Sympathy”.

Au début des années 90, quand l’Angleterre était chiante, - d’une autre façon qu’aujourd’hui - j’ai entendu “Blue Lines”, premier album de Massive Attack”. 

Je viens de citer l'auteur anglais Will Self qui a écrit ces mots pour le magazine Les Inrockuptibles en 2010. Et Will Self poursuit :  

Je venais de fêter mes 30 ans et je me croyais trop vieux pour la pop. La musique classique me tendait les bras... quand un monde sonore sinueux, sensuel et subversif explosa quelque part entre mes deux oreilles”. 

Un monde sonore moite et géométrique. Connecté au sexe et immensément classe. Bienvenue, dans le monde de Massive Attack

Massive Attack, c’est surtout trois gars, connus sous pseudo : 3D, Mushroom et Daddy G. Trois figures d’une génération qui a grandi sous Margaret Thatcher et qui se fait entendre, et qui devient enfin visible, avec ce titre. C’est l'incarnation d’une Angleterre métissée. Massive Attack, c’est un gars originaire de la Barbade, un fils de napolitain et un anglo-jamaïcain. 

Shara Nelson, aussi, a des origines jamaïcaines. C'est elle l’autrice des paroles et de la mélodie chantée. C’est elle, la voix soul de ce morceau. 

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A priori, Unfinished Sympathy est une histoire d’amour. Ou plutôt le récit de ses dégâts, puisque Shara Nelson se décrit après la rupture. Elle se dit :  

Comme une âme sans esprit, comme un corps sans cœur

Mais ce texte, comme la musique, encapsulent toute une époque : un sentiment d’oppression et d’angoisse, qui se cristallise avec le déclenchement de la première guerre en Irak, au moment même où le titre est publié. Le morceau raconte 1991, mais il dessine surtout le futur : l’idée selon laquelle, désormais, les révolutions musicales se feront en piochant dans le passé. 

Le rythme d’Unfinished Sympathy vient de Parade Strut, morceau composé par le jazzmen américain J.J. Johnson. Là, nous étions en 1974. Le “Hey Hey”, une des signatures sonores d’Unfinished Sympathy, vient d’une chanson du Mahavishnu Orchestra, un groupe de jazz fusion de John Mc Laughlin. Et là, nous étions en 1976. Quant aux cloches, elles ont été inspirées par Take Me To Mardi Gras, morceau du jazzman américain Bob James. Et là, nous étions en 1975 ! 

Ce titre Unfinished Sympathy est un clin d’œil à la Symphonie Inachevée de Frantz Schubert. 

Ecouter Massive Attack, c’est donc s’ouvrir à une discothèque et à une culture musicale fantastique. 

Les pistes isolées d'Unfinished Sympathy sont introuvables. Parce que ces garçons ne laissent malheureusement pas traîner leurs affaires. En revanche, le compositeur belge Gwenaël Mario Grisi a reproduit la partition de cordes. Ce qui nous donne une idée de la beauté de la chose. Arrangée par Will Malone, dans la version originale. 

Après Unfinished Sympathy et l’album Blues Lines, sur lequel figure le morceau, la pop, l’électro, le hip–hop et la soul ne seront plus jamais les mêmes.  

Bristol, ville de Massive Attack sise à 200 km à l’Ouest de Londres, deviendra une capitale musicale et culturelle. Unfinished Sympathy sera son hymne. 

  • Légende du visuel principal: Shara Nelson avec Massive Attack © Getty /
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