En ce vendredi 13 novembre, pour Tubes N’Co, c’est Otis Redding et la chanson "Try a little Tenderness”. Elle fait partie de l’album "Complete & Unbelievable : The Otis Redding Dictionary of Soul" sorti en octobre 1966, quelques mois avant sa mort.

Et un moment de concert. L’un des plus beaux peut-être. 1967, festival de Monterey, Californie. Il est minuit passé. 

C’est le dernier morceau et on dirait qu’il commence à genoux, les mains jointes. Avec une voix de prière et de larmes. Il chante Essaie de donner un peu de tendresse et les musiciens font d’abord une caresse. 

Et là, je n’ai pas trouvé d’autres solutions que d’arrêter Otis. Parce que pour mesurer la révolution qu’il accomplit dans la suite de cette chanson écrite dans les années 30. Je dois vous faire écouter l’un de ses premiers interprètes. 

C’est Bing Crosby. 

Vous le voyez le feu de cheminée qui crépite dans le living room ? Et la maîtresse de maison, l’œil humide, qui essuie ses mains sur son tablier de cuisine ?  

Try a little tenderness ici, c’est : le bonheur rangé dans une armoire.  

Bing Crosby et Otis Redding chantent pourtant le même appel aux hommes, pour les femmes. 

"Vous savez ce qu’elle attend" disent–ils.  

Cette chose qu’elle ne possédera jamais. Ce dont elle est dépourvue mais qui rendra son chagrin supportable. "Essayez de lui donner un peu de tendresse".

De la tendresse mais dans la braise, c’est l’option prise par Otis Redding et ses musiciens.  

C’est reparti. Avec la frappe métronome d’Al Jackson Junior sur le bord de ses fûts. 

Booker T and the MG’s, c’est le nom du groupe qui accompagne Otis Redding. A eux tous, ils incarnent un concentré de la soul du sud des Etats-Unis. Celle qui avance sous l’étendard du label Stax, installé à Memphis. 

Il n’y avait que ce son-là pour mêler tendresse et sexe. Pour appeler à la tendresse dans un cri. 

Au fil d’un article paru dans le New Yorker, la critique Emily Lordi précise que si cet appel à la tendresse est pour une femme, il va prendre aussi une dimension politique. Emily Lordi écrit :  

Dans le contexte de la lutte pour les droits civiques, la performance d’Otis Redding dit l'impatience et la rage d'une jeunesse afro–américaine.

Et sa façon de scander des syllabes, qui feront sa signature, dans cette montée ultime. 

"Je dois y aller, mais je n’en ai pas envie". Otis Redding quitte la scène du festival de Monterey et ce moment le consacrera auprès du public et noir et blanc.  

Il meurt 6 mois plus tard dans un accident d’avion à l’âge de 26 ans. 

Reste ce titre hurlé à bout de souffle, qui tient en une phrase toute simple : Try a little tenderness

  • Légende du visuel principal: Otis Redding durant un concert à Monterey en 1967 © Getty / Sulfiati Magnuson
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