“Où es-tu, quand tu es dans mes bras ? ”, c’est le refrain du jour. “Idées Noires” de Bernard Lavilliers, c’est l’affiche de Tubes N'Co ce matin.

Bernard Lavillier
Bernard Lavillier © Getty

Je me souviens de la pochette de l’album où figure cette chanson. Il y est attablé. Bouteille d’alcool fort sur sa gauche. L’image est en noir et blanc, elle est signée Bettina Rheims.  

Lavilliers a le regard droit et le poing serré. C’est encore l’époque “biceps plein les manches”. Lavilliers ce serait LE mec. 

Mais là, le gars au bord de l’abîme.  

Entre ses phrases courtes et la noirceur des guitares, l’abîme, il s’y précipite. Et fissa. 

Je me souviens aussi du clip. Avec l’ombre de stores à lamelles dans tous les plans.  

Or, qui dit stores à lamelles, dit années 80. 1983 précisément.  

Lavilliers sort d’un mariage raté avec une Américaine. Lisa Lyon, fantastique bodybuildeuse. Quand soudain, une voix de femme comme un souvenir qui vient de loin. 

Au départ, la voix féminine devait être assurée par Rickie Lee Jones, qui ne donne plus de nouvelle. Ce sera donc Nicoletta. Lavilliers et elle se rencontrent dans un restau par hasard. Il demande :  

" Qu’est-ce que tu fais demain ? Tu serais prête à enregistrer avec moi ? "

Réponse.  

("mon dieu pourvu que ma voix aille avec la sienne"). “Mais bien sûr m’sieur Lavilliers.” Autant dire qu’elle n’est pas femme à lui faire de l’ombre. Pourtant elle pourrait, avec sa puissance vocale. Mais elle la retient. Nicoletta chante dans un souffle. Elle c'est cadeau. Elle ne demandera rien. Et sa voix devient l’une des signatures de la chanson.  

Et ça marche. Sauf que.  

Nicoletta s’inquiète 

("C’est un drôle de couple !") Aujourd’hui, on pratique largement ce mélange des genres : représentante de la variété + auteur de chansons à textes.  

Sauf que. Lavilliers expliquera. 

Mon public de gauche ne m’a pas pardonné ce duo avec Nicoletta”. 

Sauf que. 

Ce mariage-là est réussi. Avec le motif de nuit, trouvé par le guitariste Hector Drand. 

Les claviers par nappe. 

Lavilliers, qui écrit par flash et qui chante comme un boxeur. 

On attend la guitare, bien rugueuse, juste avant le refrain. 

Et elle. La langueur et le chagrin. Qui contraste avec le tout. 

Le morceau est un tel carton, qu'il fait de l’ombre à tout le reste d’un album qui s’intitule “Etat d’urgence”. Or, vous l’avez compris, il n’y est pas question de voyage dans le lointain et de rythmes tropicaux. 

Du rock + les sons synthétiques de la new wave. Nous sommes en 1983, disais-je. Et cette batterie patator en atteste. 

A l’époque, Lavilliers a très peu joué cette chanson sur scène. Et Nicoletta ? Pareil. Elle ne voulait pas récupérer une œuvre qu’elle estimait ne pas être la sienne. 

En 2014, Lavilliers donne une nouvelle version du titre sur son album acoustique. Et le morceau n’a pas pris une ride. C’est Catherine Ringer qui est en duo avec lui. Qui d’autres qu’elle pour assurer dans cette chanson là. 

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