L'histoire derrière la chanson culte

À chaque fois que j’entends ce début, je me dis c'est un truc de filou. Parce qu’on dirait un slow pour amants sages, joue contre joue. Ces violons, ce serait le bonheur rangé dans une armoire. Mais quand sa voix arrive, c’est que du contraire. De la sensualité. Du sexe selon les versions. Et le sanglot à chaque fois.

La légende raconte que Ray Charles a enregistré cette chanson grâce à son chauffeur. Il la fredonnait sans cesse à l’arrière de la voiture et le gars lui a dit : “Mais pourquoi tu ne l’enregistres pas ?” 

Il la fredonnait, disais–je, parce "Georgia On My mind" est une reprise d’une bluette écrite et composée par Hoagy Carmichael et Stuart Gorell en 1930, l’année de naissance de Ray Charles. 

Trente ans plus tard, donc en 1960, la chanson change d’âme avec lui.  

Il y a d’abord le génie d’avoir ralenti le tempo. 

Et de s’offrir l’ampleur d’un orchestre, un grand. Ray Charles disait : “Comme Sinatra”. Sous-entendu, comme un blanc. 

C’est Ralph Burns, qui arrange et dirige les cordes. Ce molleton, pour envelopper sa voix. 

A ses débuts, Ray Charles imitait la douceur de Nat King Cole. Dans son autobiographie, il raconte qu’il a mis dix ans à trouver sa voix.  

Une voix qui raconte l’histoire d’un gamin noir, né en Géorgie, Géorgia, dans le sud raciste des Etats-Unis

Une voix qui raconte l’histoire d’un orphelin à 15 ans, qui a vu son petit frère, George, mourir noyé sous ses yeux. Il est devenu aveugle ensuite. Georgia peut-être une femme aussi.  

Georgia c’est tout ça : un frère, l’amour, le chagrin, un Etat d’Amérique et la dignité d’un homme noir. 

Dans les années 1950, Ray Charles annule plusieurs concerts dans le sud des Etats–Unis parce que la ségrégation raciale s’applique dans les salles : les blancs aux bonnes places, à l’orchestre, et les noirs relégués au balcon. 

Il chante “Georgia On My Mind” sur la scène du Palais des Sports à Paris à partir du 20 Octobre 1961.  

Le 20, c’est trois jours après le 17. Trois jours après qu’un préfet nommé Papon ait ordonné la répression d’une manifestation pacifique d’Algériens, qui va tourner au massacre.  

Et c’est dans cette France-là que Ray Charles chante “Georgia on my mind.”  Un chant de lutte pour les droits civiques. 

Et l’hymne officiel de l’Etat de Géorgie depuis 1979. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

  • Légende du visuel principal: Ray Charles à L'Olympia en 1962 © Getty / REPORTERS ASSOCIES
Les invités
  • Ray CharlesChanteur, compositeur, arrangeur et pianiste
L'équipe
Contact