Madonna et sa chanson "Vogue" sont à l’affiche de Tubes N'Co ce matin. C’est la nuit. En novembre 2020, la nuit n’est dûe qu’à l’heure d’hiver. Alors ce matin, souvenons–nous de ce qu’est la nuit que j’appellerais “la vraie”. Celle qui est illuminée par les miroitements d’une boule à facettes ou des éclairs de néons.

La voix cravache de Madonna qui t’ordonne de prendre la pose. 

“Strike A Pose”, qu’on répétait dans la chambre, avec un accent exagéré pour se la raconter.  

Plus on avance dans cette année 2020, plus les tubes nous ramènent à un monde regretté. Celui des boîtes, des clubs, des rassemblements à plus de six.  

Il y a 30 ans pile, Madonna en était la reine avec cette bande son qui mêle congas de la salsa, disco, house music. Et des cordes synthétiques qui la hissent. 

“Vogue” est une référence au voguing : une contre-culture afro et latino-américaine qui s’épanouit dans les clubs LGBT de Harlem. Les danseurs de Voguing parodient les poses des mannequins du magazine Vogue, symbole de la mode et du luxe. Un univers blanc auquel afro et latino-américains n’ont pas accès. 

S'approprier une culture qui n’est pas la sienne, c’est ce dont certains pourraient accuser Madonna en 2020. D’autres avancent qu’elle popularise la marge. Ce refrain est autant une invitation à danser qu’à s'affirmer tel qu’on le veut. Que Madonna en ait tiré bénéfice, ça c’est incontestable. 

Vogue confirme le statut d’icône gay de Madonna, qui a beaucoup piqué aux Drag Queens avec leur féminité conquérante et exacerbée.  

Elle, à l’époque, porte des ogives au bout des seins et des corsets de satin rose, le tout dessiné par Jean-Paul Gaultier. Et la voix va avec la silhouette. Pas languide. Toujours tendue. 

Elle reprend son souffle, avec l’énergie d’une coureuse de fond. 

Le clip de Vogue est réalisé par le cinéaste David Fincher, qui tournera ensuite les films "Fight Club" ou "Zodiac". 

La vidéo synthétise la fascination de Madonna pour les stars hollywoodiennes qui ont façonné son personnage. D’un plan à l’autre, elle se métamorphose en Marylin Monroe, Marlène Dietrich ou Veronika Lake. Elle énumère d’autres icônes gays comme James Dean ou Brando.  

Madonna, icône au carré. 

Si vous avez raté le début, je disais qu’avec “Vogue”, il était question de célébrer la nuit et ses marges. 

La semaine dernière, dans un édito pour le magazine Les Inrockuptibles, Jean–Marc Lalanne citait une réplique d’un film de Jacques Rivette. La voici :  

Le jour appartient au pouvoir, la nuit à la puissance”. 

Et Lalanne ajoute : 

"Le pouvoir contrôle. La puissance déborde, incontrôlable. Le peuple du jour craint celui de la nuit"

  • Légende du visuel principal: Capture d'écran du clip de Madonna "Vogue"
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