Mon enfant, ma sœur,

Songe à la douceur

D’aller là-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir,

Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

Aucun poète n’a mieux parlé des femmes et de l’amour que Baudelaire, dans quelques poèmes sublimes comme La Chevelure ou L’Invitation au voyage . On a l’habitude de distinguer dans Les Fleurs du Mal plusieurs cycles dédiés à des femmes aimées, Jeanne Duval, Mme Sabatier, Marie Daubrun. Et pourtant Badelaire a formulé des pensées terribles sur les femmes, des pensées qu’il serait vain de dissimuler et qui font qu’il est aujourd’hui traité de misogyne. À la vérité, certains fragments intimes de Mon cœur mis à nu , non destinés à la publication sous cette forme, font mal, et ceux-ci ne sont pas les pires :

J’ai toujours été étonné qu’on laissât les femmes entrer dans les églises. Quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu ? (I, 693).

La femme ne sait pas séparer l’âme du corps. Elle est simpliste, comme les animaux. — Un satirique dirait que c’est parce qu'elle n’a que le corps (I, 694).

De tels propos ressemblent à des provocations. Baudelaire juge que les femmes manquent de spiritualité, car elles sont plus proches que les hommes de la nature, c’est-à-dire du mal. Dans La Fanfarlo , Samuel Cramer, figure du poète, « considérait la reproduction comme un vice de l’amour, la grossesse comme une maladie d’araignée. Il a écrit quelque part : les anges sont hermaphrodites et stériles » (I, 577). Ainsi la courtisane, fuyant la procréation, devient une femme supérieure.

Dans le chapitre sur les maîtresses des Conseils aux jeunes littérateurs , le jeune Baudelaire les réduit à des objets__ : « C’est parce que tous les vrais littérateurs ont horreur de la littérature à de certains moments, que je n’admets pour eux, — âmes libres et fières, esprits fatigués, qui ont toujours besoin de se reposer leur septième jour, — que deux classes de femmes possibles : les filles ou les femmes bêtes, l’amour ou le pot-au-feu » (II, 20).

L’idée est parfaitement résumée dans un aphorisme des Fusées : « Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste » (I, 653).

Seul l’artifice du maquillage, chez les comédiennes, leur permet de s’éloigner de la nature et de trouver grâce aux yeux du poète.

Ces propos témoignent de la plus parfaite muflerie et rien ne sert de rappeler, à la décharge de Baudelaire, que l’on trouverait des lignes aussi odieuses chez nombre de ses contemporains, comme Barbey d’Aurevilly, Flaubert ou les Goncourt.

Le pire est atteint dans Mon cœur mis à nu sur George Sand :

La femme Sand est le Prudhomme de l’immoralité. […] Elle a le fameux style coulant , cher aux bourgeois. / Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde ; elle a, dans les idées morales, la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues. […] Que quelques hommes aient pu s’amouracher de cette latrine, c’est bien la preuve de l’abaissement des hommes de ce siècle (I, 686).

Baudelaire, « atrabilaire », comme il se qualifie, en veut aux femmes, qui l’ont fait souffrir, mais aussi et autant aux hommes. Il fait preuve à leur égard de beaucoup d’amertume, ou même de haine. Retenons plutôt l’autre face, son idéalisation de la femme, par exemple dans Le Balcon :

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,

Ô toi, tous mes plaisirs ! ô toi, tous mes devoirs !

Tu te rappelleras la beauté des caresses,

La douceur du foyer et le charme des soirs,

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses !

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