Proust compare souvent Baudelaire à Racine, notamment lors du centenaire de la naissance du poète en 1921, dans un article de la Nouvelle Revue française , « À propos de Baudelaire » : « […] rien n’est si baudelairien que Phèdre , rien n’est si digne de Racine, voire de Malherbe, que Les Fleurs du Mal . » En 1921, le consensus se fait enfin autour de Baudelaire, et le parallèle avec Racine devient un cliché, mais Proust déclarait dès 1905, à un moment où Baudelaire faisait encore scandale : « A-t-on dit que c’était un décadent ? Rien n’est plus faux. Baudelaire n’est pas même un romantique. Il écrit comme Racine. Je pourrais vous citer vingt exemples. »

Baudelaire classique : Proust retrouve les termes d’Anatole France. Celui-ci était venu en 1889 au secours du poète, que le critique conservateur Ferdinand Brunetière avait condamné après la publication de Fusées et Mon cœur mis à nu , où il avait trouvé des horreurs. Anatole France, tout en concédant que Baudelaire avait été « assez pervers et assez malsain », qu’il « affectait dans sa personne une sorte de dandysme satanique qui semble aujourd’hui assez odieux », louait son classicisme et citait déjà la troisième strophe de Femmes damnées , poème condamné en 1857 :

De ses yeux amortis les paresseuses larmes,

L’air brisé, la stupeur, la morne volupté,

Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes,

Tout servait, tout parait sa fragile beauté.

France disait de ces vers : « Qu’y a-t-il […] de plus beau dans toute la poésie contemporaine que cette strophe, tableau achevé de voluptueuse lassitude ? […] Qu’y a-t-il de plus magnifique dans Alfred de Vigny lui-même, que cette malédiction pleine de piété que le poète jette aux “femmes damnées” ? » La légende baudelairienne était renversée, puisque c’était dans les vers incriminés pour leur érotisme réaliste et décadent qu’Anatole France voyait le sommete du classicisme : « Et remarquez, en passant, comme le vers de Baudelaire est classique et traditionnel, comme il est plein. »

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