Baudelaire était l’homme des bilans. Il en faisait souvent, dans des lettres à sa mère, se promettant de commencer une nouvelle vie plus équilibrée, de s’installer « d’une manière définitive », d’obtenir la levée du conseil judiciaire qui l’étranglait depuis les frasques de sa vingtième année. Il écrivait à sa mère en décembre 1855 :

« Je suis absolument las de la vie de gargote et d’hôtel garni ; cela me tue et m’empoisonne. Je ne sais comment j’y ai résisté. […] Ma chère mère, vous ignorez tellement ce que c’est qu’une existence de poète, que sans doute vous ne comprendrez pas grand-chose à cet argument-là ; c’est cependant là que gît ma principale frayeur ; je ne veux pas crever obscurément, je ne veux pas voir venir la vieillesse sans une vie régulière, je ne m’y résignerai jamais ; et je crois que ma personne est fort précieuse, je ne dirai pas plus précieuse que d’autres, mais suffisamment précieuse pour moi. » (C, I, 327).

La liste des domiciles de Baudelaire est effrayante. Il déménage sans cesse ; il cherche, sans succès, à quitter sa maîtresse, Jeanne Duval, « une pauvre femme que je n’aime plus depuis longtemps que par devoir », confiait-il à sa mère dès 1848 » (C, I, 154). Il prend des résolutions qui ne sont jamais suivies d’effets, par exemple le 1er janvier 1865 :

Mon principal devoir, mon unique même serait de te rendre heureuse . J’y pense sans cesse. Cela me serait-il jamais permis ? […] Je te promets d’abord que, cette année, tu n’auras à subir de ma part aucune demande de secours. […] Je te promets aussi qu’aucune journée de l’année ne s’écoulera sans travail. » (C, II, 432)

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