Baudelaire était un homme violent (Sartre parlait de sa violence « hyperbolique », 49), un homme en colère. Il pensait que la vie était un combat, et la vie littéraire une guerre. En 1846, à 25 ans, il donnait des Conseils aux jeunes littérateurs , comme s’il était déjà un vieux sage, ou un ancien combattant, et parmi ses conseils l’« éreintage », comme il disait, occupait une place de choix. En matière de critique, il avait des sympathies, mais surtout des antipathies, et il était partisan de la franchise, de la « ligne droite, qui est le plus court chemin » :

Elle consiste à dire : “M. X… est un malhonnête homme, et de plus un imbécile ; c’est ce que je vais prouver, — et de le prouver ! — primo, secondo, tertio, — etc… Je recommande cette méthode à tous ceux qui ont la foi de la raison et le poing solide.

Baudelaire n’a pas manqué d’éreinter ses contemporains, de les bousculer, de les insulter, en particulier dans sa critique d’art, mais il savait que la méthode avait ses risques et pouvait se retourner contre l’éreinteur, comme cela lui arriva, par exemple avec le clan des hugoliens :

Un éreintage manqué est un accident déplorable ; c’est une flèche qui se retourne, ou au moins vous dépouille la main en partant, une balle dont le ricochet peut vous tuer. (II, 16-17)

Baudelaire s’est beaucoup battu, non seulement en 1848, mais il insistait sur la nécessité d’économiser ses haines, de les concentrer :

Un jour, pendant une leçon d’escrime, un créancier vint me troubler ; je le poursuivis dans l’escalier à coups de fleuret. Quand je revins, le maître d’armes, un géant pacifique qui m’aurait jeté par terre en soufflant sur moi, me dit : “Comme vous prodiguez votre antipathie ! un poète ! un philosophe ! ah fi !” — J’avais perdu le temps de faire deux assauts, j’étais essoufflé, honteux, et méprisé par un homme de plus, — le créancier, à qui je n’avais pas fait grand mal. (II, 16)

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