Baudelaire fut contemporain des grands travaux de Paris réalisés par Haussmann au service de Napoléon III ; il fut témoin de la destruction des quartiers médiévaux, dont la rue Hautefeuille où il était né ; il vit percer les boulevards destinés, disait-on, à faire monter la troupe et à empêcher l’érection des barricades comme en 1848. Les superbes photographies de Charles Marville, qui enregistrèrent les transformations de la capitale sous le Second Empire, commentent pour ainsi dire certains poèmes de Baudelaire. Celui-ci regretta la perte de la mémoire du vieux Paris, comme il le confie dans Le Cygne , l’un des plus beaux poèmes des Tableaux parisiens , ajouté au Fleurs du Mal en 1861 et décrivant le « nouveau Carrousel », entre le Louvre et les Tuileries :

Le veux Paris n’est plus (la forme d’une ville

Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel).

La disparition de la ville ancienne exaspère le spleen du poète, le rend complice de tous les exilés, les orphelins, les victimes du monde moderne :

Paris change ! mais rien dans ma mélancolie

N’a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,

Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,

Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.

À la modernisation de la capitale, Baudelaire oppose la pesanteur de la mémoire. Plusieurs poèmes en prose décrivent les transformations du paysage urbain : Les Yeux de pauvres repèrent les cafés aux vastes terrasses où se réunissent les dandies et les dames, et l’éclairage au gaz qui fait de Paris la « ville-lumière » ; Les Veuves mettent en scène les jardins publics et les kiosques à musique ; Perte d’auréole se situe sur les boulevards où la foule déambule dans la cohue des voitures.

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