Dans le Paris d’Haussmann, le « Boulevard », avec une majuscule et sans plus de précision, c’est la partie la plus animée des grands boulevards, le boulevard des Italiens, entre la rue de la Chaussée d’Antin et la rue de Richelieu. La foule s’y presse, innombrable au milieu des voitures. Le carrefour le plus dangereux, surnommé le « carrefour des écrasés », c’est celui du boulevard Montmartre, de la rue Montmartre et du faubourg Montmartre ; c’est aussi la frontière entre les commerces plus élégants, à l’Ouest, et plus populaires, comme on avance vers l’Est et le fameux « boulevard du crime », qu’Haussmann fera démolir en 1862 pour ouvrir l’actuelle place de la République.

C’est sur le Boulevard, près du « carrefour des écrasés », que l’on imagine la mésaventure qui advint au poète dans Perte d’auréole , un poème en prose du Spleen de Paris , présenté sous la forme d’un dialogue__ :

[…] vous connaissez ma terreur des chevaux et des voitures. Tout à l’heure, comme je traversais le boulevard, en grande hâte, et que je sautillais dans la boue, à travers ce chaos mouvant où la mort arrive au galop de tous les côtés à la fois, mon auréole, dans un mouvement brusque, a glissé de ma tête dans la fange du macadam. Je n’ai pas eu le courage de la ramasser. J’ai jugé moins désagréable de perdre mes insignes que de me faire rompre les os. Et puis, me suis-je dit, à quelque chose malheur est bon. Je puis maintenant me promener incognito, faire des actions basses, et me livrer à la crapule, comme les simples mortels. Et me voici, tout semblable à vous, comme vous voyez !

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