Après quelques aventures saphiques (avec Georgie, la Rézi de Claudine en ménage, ou Natalie Barney), Colette eut une longue liaison de cinq ans avec la marquise Mathilde de Morny, dite « Oncle Max » ou « Missy ». Elle se séparait alors de Willy, ou bien Willy se séparait d’elle.

Missy, image du Musée Colette
Missy, image du Musée Colette © Getty / Raphael GAILLARDE

Elle la rencontra en 1905 au Cercle Victor-Hugo, ou Cercle des arts et de la mode, ancienne Ferme des jeux. 

Née en 1863, Missy a dix ans de plus que Colette. C’est la fille du duc de Morny, frère utérin de Napoléon III, et de la princesse Sophie Troubetzkoï, qui l’a élevée à l’Escurial après la mort de son père. Mariée en 1881 au marquis de Belbeuf, divorcée en 1903, elle a les cheveux courts, s’habille en homme, porte un chapeau melon, fume le cigare, pratique la boxe et l’escrime, chasse et monte à cheval, conduit elle-même sa De Dion rouge. Androgyne accomplie, elle sera la maîtresse officielle de Colette jusqu’en 1911.

Le 3 janvier 1907, lors de la création au Moulin-Rouge de Rêve d’Égypte, la pantomime où Missy, interprétant un explorateur, ressuscitait une momie jouée par Colette, laquelle sortait de son sarcophage et l’embrassait, un tapage suivit, orchestré par le frère de Missy et la claque.

Missy fit les frais du scandale, ainsi que Willy, qui perdit sa chronique musicale dans L’Écho de Paris, tandis que Colette s’en sortait indemne, n’ayant rien à perdre.

C’est le temps de la libération de l’écrivain, épreuve douloureuse

Elle rédige les brèves proses recueillies dans Les Vrilles de la vigne, dont plusieurs, dédiées à Missy, furent réunies dans une plaquette que Colette lui offrit, telle « Nuit blanche », qui suggère la nature de leur relation :  "Tu me donneras la volupté, penchée sur moi, les yeux pleins d’une anxiété maternelle, toi qui cherches, à travers ton amie passionnée, l’enfant que tu n’as pas eu… " (I, 972). 

Colette trouve auprès de Missy le dévouement et la compassion dont elle a besoin durant ses démêlés conjugaux avec Willy. Dans ses lettres à Missy, elle se nomme elle-même "ton enfant", et lui confie par exemple en mai 1909 : "[…] vous savez bien que je n’ai que vous dans la vie, et que si j’ai des doigts écrasés, du chagrin ou une chaussette perdue, je n’ai pour tout cela qu’un cri “Missy”" (LM, 65), tandis qu’elle livre à une amie : "Je n’ai qu’elle au monde — car Maman se fait très vieille (74 ans) et je vis loin d’elle" (PB, 128). 

Vers le même temps, en juin 1909, elle écrit à Jacques Gauthier-Villars, le fils de Willy : 

"C’est toujours la Missy que tu connais, le même compagnon fidèle, et honnête et tendre, qui m’a sauvée, retiens-le, du désespoir, du suicide sans doute, ou peut-être, ce qui serait pis, de la triste vie des “femmes entretenues”"

(LM, 27).

Cet être généreux, courtois, mélancolique, souffrant elle-même d’un manque d’affection depuis son enfance auprès d’une mère qui la détestait, révéla l’amour à Colette, à plus de trente ans passés. Entre ces deux femmes, l’entente et la communion régnèrent. Colette fera ainsi, dans Le Pur et l’Impur, de l’amour entre femmes un modèle :

"Il n’y aura jamais trop de crépuscule ménagé, de silence et de gravité sur une étreinte de femmes. Deux femmes bien éprises n’évitent pas la volupté, ni une sensualité plus éparse que le spasme, et plus que lui chaude. C’est cette sensualité sans résolution et sans exigences, heureuse du regard échangé, du bras sur l’épaule, émue de l’odeur de blé tiède réfugiée dans une chevelure, ce sont ces délices de la présence constante et de l’habitude qui engendrent et excusent la fidélité" (III, 617-8).

Colette aurait alors porté un collier en or avec l’inscription « J’appartiens à Missy » ou « J’appartiens à Mme de M… », selon un ragot rapporté par Louise Weiss, qui le tenait de l’ancien préfet Lépine, celui qui interdit Rêve d’Égypte au Moulin-Rouge (III, lv). Missy entretenait Colette, l’accompagnait dans ses tournées. Elle acheta la villa Rozven, près de Saint-Malo, au nom de Colette. Après avoir rencontré Henry de Jouvenel, qui deviendra son second mari, Colette quitta Missy en 1911, mais garda la maison.

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