Elle se montra dans des tableaux vivants chez Natalie Barney à Neuilly, puis chez Renée Vivien à Nice, dans un milieu saphique. Puis elle monta sur scène avec Wague, dont elle devint la partenaire et l’amie, Brague dans "La Vagabonde".

Colette réclamait la liberté de son corps et de sa plume
Colette réclamait la liberté de son corps et de sa plume © Getty / REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho

Rue de Courcelles, dans l’appartement où Willy et Colette s’installèrent en 1902, Colette eut une salle de gymnastique où elle s’exerçait aux barres parallèles et au trapèze :

"Je me suspendais, je tournais autour de la barre, j’étirais mes muscles, presque clandestinement, sans passion et sans virtuosité particulière. En y songeant après, il m’a bien semblé que j’exerçais mon corps à la manière des prisonniers qui ne méditent pas nettement l’évasion, mais découpent et tressent un drap, cousent des louis dans une doublure et cachent du chocolat sous leur paillasse" (Mes apprentissages, III, 1064).

C’était une manière de traiter la dépression que lui causaient les infidélités de Willy, ou de la masquer : "Il y a toujours un moment, dans la vie des êtres jeunes, où mourir leur est tout juste aussi normal et aussi séduisant que vivre, et j’hésitais" (Mes apprentissages, III, 1007).

Mais la gymnastique devint un métier après que Colette prit des leçons de pantomime en 1905 avec Georges Wague, qui renouvela l’art de Deburau avant de le transmettre à Jean-Louis Barrault

C’est l’année où Colette commence à s’éloigner de Willy, où elle rencontre Mathilde de Morny, dite Missy, divorcée du marquis de Belbeuf, où son père meurt en septembre et où elle séjourne une dernière fois aux Monts-Boucon, la propriété achetée par Willy avec les droits d’auteur des Claudine.

Toby-Chien rapporte à Kiki-la-Doucette les propos de leur maîtresse : "J’en ai assez ! s’écria-t-Elle. Je veux… je veux… je veux faire ce que je veux ! […] Je veux jouer la pantomime, même la comédie. Je veux danser nue, si le maillot me gêne et humilie ma plastique. Je veux me retirer dans une île, s’il me plaît, ou fréquenter des dames qui vivent de leurs charmes, pourvu qu’elles soient gaies, fantasques, voire mélancoliques et sages, comme sont beaucoup de femmes de joie. Je veux écrire des livres tristes et chastes, où il n’y aura que des paysages, des fleurs, du chagrin, de la fierté, et la candeur des animaux charmants qui s’effraient de l’homme… Je veux sourire à tous les visages aimables, et m’écarter des gens laids, sales et qui sentent mauvais. Je veux chérir qui m’aime et lui donner tout ce qui est à moi dans le monde : mon corps rebelle au partage, mon cœur si doux et ma liberté ! Je veux… je veux !…" (« Toby-Chien parle », Les Vrilles de la vigne, I, 994).

Colette réclamait la liberté de son corps et de sa plume

Elle se montra dans des tableaux vivants chez Natalie Barney à Neuilly, puis chez Renée Vivien à Nice, dans un milieu saphique. Puis elle monta sur scène avec Wague, dont elle devint la partenaire et l’amie, Brague dans La Vagabonde :

"Nous répétons, depuis quelques jours, une nouvelle pantomime, Brague et moi. Il y aura une forêt une grotte, un vieux troglodyte, une jeune hamadryade, un faune dans la force de l’âge.

Le faune, c’est Brague, la nymphe forestière, c’est moi, quant au vieux troglodyte, il n’en est pas encore question. Son rôle est épisodique, et, pour le jouer, dit Brague, 'j’ai un petit salopin de dix-huit ans, dans mes élèves, qui fera tout à fait préhistorique !'

On veut bien nous prêter la scène des Folies, le matin, de dix à onze heures, pour les répétitions. Débarrassée de ses toiles de fond, la profonde scène nous montre tout son plateau nu. Qu’il y fait triste, qu’il y fait gris lorsque j’arrive, sans corset, un chandail en guise de blouse, et culottée de satin noir sous la jupe courte !…" (I, 1110-1).

Colette fit ses débuts publics sur scène le 5 février 1906, au théâtre des Mathurins, comme faune dans le mimodrame, "Le Désir, l’Amour et la Chimère"

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