Colette prétendait que la musique était sa « véritable vocation » : « Tous étaient musiciens dans ma famille », aimait-elle à rappeler (MV, 106). Elle fut une bonne pianiste amateur et Willy un critique musical estimé.

Colette faisant de la pantomime avec la Marquise de Morny
Colette faisant de la pantomime avec la Marquise de Morny © Getty / Ullstein bild

Avec lui, elle assista à de nombreux concerts, fréquenta les meilleurs musiciens, et elle l’accompagna à Bayreuth. Ses premières publications furent une chronique musicale en 1895, dans La Cocarde de Barrès, avant ses comptes rendus au Gil Blas en 1903 sous le titre Claudine au concert et Claudine au Conservatoire. Elle dira dans Mes apprentissages son admiration pour Debussy et Fauré, elle collaborera avec Ravel pour L’Enfant et les Sortilèges, et sera amie de Poulenc.

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Mais c’est au music-hall qu’elle se produisit, haut lieu de la Belle Époque et avatar du café-concert du Second Empire. Un programme de music-hall présente une succession de numéros de chant, danse, pantomime, acrobatie, dressage d’animaux, et l’indispensable attraction exécutée par une "troupe de girls" (II, 247). 

Mitsou, la petite artiste de la nouvelle de ce nom, le rappelle doctement au lieutenant bleu et à son camarade kaki : "C’est un music-hall, ici, ce n’est pas un café-concert" (II,654-5). À ne pas confondre, donc. Enfin, le spectacle comprend toujours une étoile, la Belle Otero, Fréhel, Mistinguett…, et parfois une vedette américaine.

À partir de 1907, Colette interpréta divers pantomimes et mimodrames avec Georges Wague. Ses plus grands succès furent Aux Bat-d’Af à la Gaîté-Rochechouart en 1910, puis La Chair au Ba-Ta-Clan en 1911, L’Oiseau de nuit, créé en 1911, ou encore le tableau La Chatte amoureuse de Wague, avec Musidora, dans la revue Ça grise en 1912, toujours au Ba-Ta-Clan.

Colette fut une mime plus qu’une danseuse ou une actrice. Au théâtre, son accent poyaudin et ses r roulés déconcertaient. Mais elle joua Claudine dans Claudine à Paris en tournée en 1909 et 1910, dans une trentaine de villes à chaque fois, rythme épuisant qu’elle raconta dans La Vagabonde (1910) et L’Envers du music-hall (1913) :

« La lumière du théâtre, les paillettes, les costumes, les figures maquillées, les sourires, ce n’est pas un spectacle pour moi, tout ça… Je ne vois que le métier, la sueur, la peau qui est jaune au grand jour, le découragement… […] C’est comme si j’étais seule à connaître l’envers de ce que les autres regardent à l’endroit… » (L’Envers du music-hall, II, 278-9).

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Son témoignage des coulisses la montre solidaire de ses camarades de tournée, exploités, « abeilles pauvres et sans butin » (II, 279).

« J’ai l’air d’un hanneton découragé, battu par la pluie d’une nuit de printemps… J’ai l’air d’un oiseau déplumé… J’ai l’air d’une gouvernante dans le malheur… J’ai l’air… mon Dieu, j’ai l’air d’une actrice en tournée, et c’est assez dire… » (II, 224).

« Je marche derrière Brague, qui se fraie un chemin à coups de coude sur l’avenue du Nord, encombrée d’employés et d’ouvrières qui se rendent, comme nous, à leur usine. Un piquant soleil de mars fait fumer la pluie, et mes cheveux défrisés pendent, comme dans le bain de vapeur. Le pardessus de Brague, trop long, lui bat les mollets et se crotte à chaque pas. À nous regarder, nous valons dix francs par soirée, Brague pas rasé et moucheté de boue, moi ivre de sommeil et coiffée en skye-terrier… » (II, 227).

Colette fut-elle une bonne mime, une bonne comédienne ? Nous n’en savons rien. Elle était déjà un écrivain notoire. Allait-on voir l’écrivain sur scène, jouant son propre rôle et montrant son sein ? À partir de 1910, elle fournit aussi au Matin, qui tire à près d’un million d’exemplaires, des « Contes de mille et un matins ». La scène et le journalisme lui servent d’apprentissage du roman. Mitsou, Chéri seront d’abord conçus comme des pièces de théâtre et abondent en dialogues.

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