Colette fut élevée parmi les bêtes. "Toute la famille aimait les bêtes, et les bêtes aimaient notre maison", confiera-t-elle plus tard ("Domino", Autres bêtes, II, 172). Les Dialogues de bêtes, publiés à partir de 1904 et longtemps enrichis, cassèrent l’image donnée par les Claudine.

Colette et les animaux
Colette et les animaux © Getty / Manuel Freres

"Un petit chat entra, circonspect et naïf, un ordinaire et irrésistible chaton de quatre à cinq mois. Il se jouait à lui-même une comédie majestueuse, mesurait son pas et portait la queue en cierge, à l’imitation des seigneurs matous. Mais un saut périlleux en avant, que rien n’annonçait, le jeta séant par-dessus tête à nos pieds, où il prit peur de sa propre extravagance, se roula en turban, se mit debout sur ses pattes de derrière, dansa de biais, enfla le dos, se changea en toupie…

Regarde-le, regarde-le, Minet-Chéri ! Mon Dieu, qu’il est drôle !

La Maison de Claudine (II, 1050-1).

Colette fut élevée parmi les bêtes

"Toute la famille aimait les bêtes, et les bêtes aimaient notre maison », confiera-t-elle plus tard (Domino, Autres bêtes, II, 172). Les Dialogues de bêtes, publiés à partir de 1904 et longtemps enrichis, cassèrent l’image donnée par les Claudine. 

Signés de son nom, Colette Willy, ils prouvaient son indépendance. Toby-Chien, bull bringé, et Kiki-la-Doucette, angora tigré, y prennent la parole comme dans les Fables de La Fontaine et dans Le Livre de la jungle de Kipling (traduit par l’ami de Colette et de Proust, Robert d’Humières), et touchèrent un autre public, tels Anna de Noailles ou Francis Jammes, que Colette remercia de sa "réhabilitation de Colette Willy" (II, 1286) et qui lui donna bientôt une préface.

La chatte Fanchette apparaissait dès Claudine à l’école, où elle était décrite "comme une personne" (I, 113). 

On n’imagine pas Colette sans un chien ou un chat, et, dira-t-elle dans La Naissance du jour, ses amis prétendaient "que je puis susciter un chat dans un endroit où il n’y a pas de chat" (III, 303). Sa complicité avec les bêtes pouvait éloigner les humains, comme son second mari, Henry de Jouvenel, qui lui disait : 

"Quand j’entre dans la pièce où tu es seule avec des bêtes, […], j’ai l’impression d’être indiscret" (III, 303).

Enfant, au retour d’une visite à Paris, elle se précipite vers ses bêtes 

"Que de trésors éclos en mon absence ! Je courus à la grande corbeille débordante de chats indistincts. Cette oreille orange était de Nonoche. Mais à qui ce panache de queue noire, angora ? À la seule Bijou, sa fille, intolérante comme une jolie femme. Une longue patte sèche et fine, comme une patte de lapin noir, menaçait le ciel ; un tout petit chat tavelé comme une genette et qui dormait, repu, le ventre en l’air sur ce désordre, semblait assassiné…" La Maison de Claudine (II, 999-1000).

À Paul Léautaud, tendre amoureux des chats, elle donnait toutefois "l’impression d’aimer les bêtes un peu en dompteur » (PB, 310), et il était choqué que Kiki-la-Doucette, une fois mort, ait été "jeté dans le fossé des fortifications" sans cérémonie. "J’aime, avec l’enfant et l’animal, avoir le dernier mot", reconnaissait d’ailleurs Colette (De ma fenêtre, IV, 613).

Philippe Berthelot, autre seigneur-chat, lui offrit en 1921, une femelle serval du Tchad, Bâ-Tou. Ce fut l’occasion d’un dressage en bonne et due forme : « Un matin, elle étreignit trop fort mon bras nu, et je la châtiai. Offensée, elle sauta sur moi, et j’eus sur les épaules le poids déconcertant d’un fauve, ses dents, ses griffes… 

J’employai toutes mes forces et jetai Bâ-Tou contre un mur. Elle éclata en miaulements terribles, en rugissements, elle fit entendre son langage de bataille, et sauta de nouveau. J’usai de son collier pour la rejeter contre le mur, et la frappai au centre du visage. À ce moment, elle pouvait, certes, me blesser gravement.

Elle n’en fit rien, se contint, me regarda en face et réfléchit… Je jure bien que ce n’est pas la crainte que je lus dans ses yeux. Elle choisit, à ce moment décisif, elle opta pour la paix, l’amitié, la loyale entente ; elle se coucha, et lécha son nez chaud… » (La Maison de Claudine, II, 1063).

"La Chatte", l’un de ses plus beaux romans en 1933, chef-d’œuvre avec "Chéri" et "La Fin de Chéri", raconte la passion d’une jeune homme, Alain, pour Saha, sa chatte des Chartreux

Colette se rappelle la nouvelle de Balzac, Une passion dans le désert. Camille, la fiancée d’Alain, puis sa femme, jalouse de la chatte, la précipite par la fenêtre de l’appartement. Alain choisit la chatte, idéal de pureté animale, contre sa jeune femme frivole : "Il lui dédia rapidement quelques litanies rituelles qui convenaient aux grâces caractéristiques et aux vertus d’une chatte dite des Chartreux, pure de race, petite et parfaite. "Mon petit ours à grosses joues… Fine-fine-fine chatte… Mon pigeon bleu… Démon couleur de perle…” » (III, 817).

La suite est à écouter... 

L'équipe