Colette rechercha longtemps l’amour. Avec Willy, elle vivait au rythme soutenu de la vie mondaine, entre les théâtres, les concerts, les salons, qui ne laissait que très peu de temps à l’amour. Elle aura consacré plusieurs grands romans d’amour.

Colette et Willy, 1902
Colette et Willy, 1902 © Getty / Apic / Contributeur

"Ce que je cherche, c’est l’amour, n’importe lequel, un amour comme tout le monde, mais un vrai"

C'est ce que dit Minne, dans L'Ingénue libertine (MV, 117, I, 743). 

Colette n’était pas amoureuse, dit-elle, ou plus amoureuse à cette date, mais elle a longtemps aimé Willy, malgré ses infidélités. En 1907, alors qu’il l’a quittée, elle lui propose encore une sorte de ménage à trois avec Missy, à condition qu’il renonce à Meg Willars, avatar de Claudine qu’il épousera après leur divorce. 

Colette a aimé Willy et lui en a voulu de n’être pas revenu à elle après leur séparation, qu’elle n’a pas pensée irréversible jusqu’au moment où elle découvrit en 1909 qu’il avait vendu pour toujours les Claudine. Colette semble avoir de plus en plus souffert avec Willy. Colette rechercha longtemps l’amour. Les lettres à Missy, les nouvelles dédiées à Missy dans Les Vrilles de la vigne, réunies dans la plaquette Pour Missy, montrent où le trouva pour un temps. En tournée, elle écrit en juin 1909. 

Avec Henry de Jouvenel, avec Bertrand de Jouvenel, le père et le fils, Colette cherchera et trouvera encore l’amour, fait à la fois de volupté et de compréhension, de plaisir et d’entente, et elle donnera plusieurs romans d’amour, Chéri, Le Blé en herbe, La Chatte, grands romans sur l’amour qui ne se terminent jamais très bien.  

Dans La Naissance du jour, à la fin des années des années 1920, à quarante-cinq ans, elle fait mine d’en avoir fini avec lui :  "Une des grandes banalités de l’existence, l’amour, se retire de la mienne. […] Sortis de là, nous nous apercevons que tout le reste est gai, varié, nombreux. Mais on ne sort pas de là quand, ni comme on veut [...]"

Voyez-vous que le hasard ait fait de moi une de ces femmes cantonnées dans un homme unique, au point qu’elles en portent jusque sous terre, stériles ou non, une ingénuité confite de vieille fille ? (III, 285-6) 

Que reste-t-il de l’amour ? 

Georges Duhamel rapportait ce mot de Colette : « Il y en a qui confondent la volupté avec l’amour. Quelle stupidité ! » (PB, 422). Tenant le courrier du cœur dans un numéro de Marie-Claire le 24 mai 1940 (la drôle de guerre était terminée depuis le 10 mai), à une lectrice qui demandait : « Le temps venu, et avec lui la vieillesse, par quoi deux êtres qui s’aiment follement, remplacent-ils l’amour ? », Colette répondait succinctement : « Mais, Madame, par l’amour » (4 ; JEG, 78). Et le modèle restait pour elle l’amour de ses parents, l’amour de Sido et du capitaine, ces deux êtres merveilleux : « Il me fut bon de connaître, et de me remettre en mémoire, par moments, cette complète image de l’amour : une tête d’homme, déjà vieux, abîmée dans un baiser sur une petite main de ménagère, gracieuse et ridée » (Sido, III, 527).

L'équipe