Étrange couple que celui de la saltimbanque qu’était Colette en 1911, écrivain mais aussi artiste de music-hall, et d’un patron de presse, grand journaliste et politicien républicain, qui avait la réputation de faire et défaire les ministères.

Colette, rue de Courcelles
Colette, rue de Courcelles © AFP / Photo12

Henry de Jouvenel, 1m80, était un bel homme et un grand animal politique. C’est lui que Colette décrit dans L’Entrave, où elle transpose en 1913 leur coup de foudre de 1911. Ce coup de foudre eut lieu peu après l’arrivée de Colette au Matin à la fin de 1910. Jouvenel en était l’un des deux rédacteurs en chef, qui alternaient tous les quinze jours. Il avait trois ans de moins qu’elle. Ce fut entre eux un amour fou, voluptueux. 

Il dirige Le Matin, presque toute la France, une partie du monde 

- Jules Renard dans son Journal (28 mars 1907)

Entre eux, c’est le choc de deux mondes, mais un même anticonformisme inspire leur mode de vie. Dreyfusard, indépendant des partis, Jouvenel est un seigneur, un bretteur, un chasseur. Homme d’action et homme de plume, il a été chef de cabinet du ministre de la Justice dans le gouvernement Combes et directeur de cabinet du ministre du Commerce dans le deuxième cabinet Rouvier, avant de diriger le Matin. Si les débuts de leur liaison furent compliqués, l’entente sexuelle fut, semble-t-il, une révélation. 

Sidi, c’est Jouvenel, qui a la peau foncée et qu’elle surnomme aussi le Pacha ou la Sultane, à cause de sa peau douce, ou encore Chérie, comme elle appelait Willy, la Doucette. Suivirent plusieurs années de bonheur amoureux, leur mariage en décembre 1912 après une liaison d’un an, puis la naissance de la petite Colette en juillet 1913. La mobilisation de Jouvenel en août 1914 désorienta Colette, qui le rejoignit à Verdun en décembre, puis de nouveau en mai 1915. En 1916 et 1917, ils se retrouvent en Italie, où Jouvenel, ayant reçu une affectation civile, est le délégué de la France à la commission de la Triple Entente. 

Jouvenel, comme Willy, était un homme à femmes, un de ces Don Juan dont Colette décrira les mœurs dans Le Pur et l’Impur. En 1919, il est l’amant de la couturière Germaine Patat, ensuite de la princesse Marthe Bibesco. Colette devient un obstacle à sa carrière politique. Colette n’accompagne pas ses ambitions, s’absente lors des déjeuners politiques et des visites officielles. Elle aura une liaison avec Bertrand de Jouvenel, le fils du premier mariage de son mari, puis divorcera en avril 1925.

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