Tel le lait dans la casserole. Il est blanc, il est calme, il est stable et soudain il déborde. Ainsi pourrait-on résumer le chapitre de l'Iliade sur lequel s'arrête Sylvain Tesson dans cet épisode

Il n'est pas de meilleure vie que lorsque la gaieté règne dans tout le peuple, que les convives dans la salle écoutent le chanteur, assis en rang, les tables devant eux chargées de viande et de pain, et l'échanson dans le cratère puisant le vin et le versant dans chaque coupe. Voilà ce qui me semble être la chose la plus belle.

Ces paroles sont celles confiées par Ulysse aux Phéaciens qui l'accueillent avant de lui donner le moyen de rentrer à Itaque, c'est à dire un bateau et plus loin, Ulysse ajoute :

La plus douce des morts me viendra de la mer. Je ne succomberai qu'à l'heureuse vieillesse, ayant autour de moi des peuples fortunés.

Qu'entend-on dans ces vers sinon l'aspiration à une douce vie rêvée, au bonheur d'en finir avec les tumultes de la guerre et les imprévus de l'aventure, à la perspective de vivre entre ses parents le reste de son âge ?

Ces aveux d'Ulysse expriment une grande idée, fondamentale chez les grecs :

Rien ne vaut une vie mesurée

Une bonne vie, douce aimable, modestement rythmée, justement équilibrée, réglée sur la mesure du monde. Un idéal, en somme.

Mais quelle est cette force irrationnelle qui prend les hommes pour les jeter hors de leurs limites ? Pourquoi soudain, quelque chose en nous se dérègle ?

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