Soyez raisonnables, on se tue à vous le répéter. Tous les moralistes l’ont dit, des stoïciens aux humanistes, de Sénèque à Pétrarque : la foule est un monstre volubile et inculte.

La République romaine par Armando Brasini, 1879-1965
La République romaine par Armando Brasini, 1879-1965 © AFP / Manuel Cohen

Comment le peuple pourrait-il se gouverner lui-même ? Il le peut, répond Machiavel dans ses Discours sur la première Décade de Tite-Live, parce que tout ignorant qu’il est, le peuple est capable de vérité. Il sait ce qu’il veut, ou plus précisément ce qu’il ne veut plus : se laisser dominer. Par ce savoir, il accède à la vérité, qui est la vérité de la domination.

L’idée se trouve déjà au huitième chapitre du Prince. On y lit ceci : « dans toute cité, on trouve deux humeurs différentes ; et cela vient de ce que le peuple désire ne pas être commandé ni opprimé par les grands ; et de ce que les grands désirent commander et opprimer le peuple ». Deux humeurs donc, nous dirions aujourd’hui deux aspirations sociales. Mais précisément, Machiavel dit « humeurs », c’est-à-dire qu’il utilise une métaphore de la médecine hippocratique.

L'équipe
  • Patrick BoucheronProfesseur au Collège de France, titulaire de la chaire : Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècles
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