Et si, tout simplement, c’était un salaud ? Au sens que Jean-Paul Sartre donne à ce mot, bien entendu.

Le Prince de Machiavel, lors de la célébration des 500 ans
Le Prince de Machiavel, lors de la célébration des 500 ans © Getty / Laura Lezza

Je ne me permettrais pas : un salaud, contrairement à un lâche, croit son existence nécessaire à la marche du monde. Machiavel n’écrit pas seulement Le Prince pour se consoler de l’inaction ou se venger de ses ennemis. Non, il brûle de rentrer dans le jeu politique, il enrage de ne pouvoir employer cet art du gouvernement fondé, écrit-il dans la dédicace de ce livre, sur « une longue expérience des choses modernes et une continuelle lecture des antiques ».

Est-il prêt à tout pour s’attirer les grâces des puissants du moment ? On pourrait le croire, en lisant justement cette surprenante dédicace : « Nicolas Machiavel salue le Magnifique Laurent de Médicis ». Il s’agit de Laurent le Jeune, à qui le pape Léon X confia le gouvernement de Florence à l’été 1513. Comment Machiavel peut-il se recommander à un membre de la famille des Médicis, responsable de sa propre disgrâce et de la ruine de la République ? Est-il à ce point infidèle à ses propres engagements ou joue-t-il simplement double jeu ?

L'équipe
  • Patrick BoucheronProfesseur au Collège de France, titulaire de la chaire : Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècles
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