Le livre de Machiavel qu’on appelle communément Le Prince ne s’appelle pas Le Prince, mais De principatibus — en latin : « Des principautés ».

Manuscrit illuminé
Manuscrit illuminé © Getty / Biblioteca Medicea Laurenziana/De Agostini

Quelle différence cela fait, et pourquoi la postérité l’a-t-elle si vite oubliée ? Machiavel, on le sait désormais, n’écrit pas un traité du bon gouvernement. Il ne fait la leçon à personne, ni à ceux qui gouvernent, ni à ceux qui le lisent. En cela, oui, il brise le miroir — je veux parler du Miroir aux princes, ce genre traditionnel de la littérature politique médiévale qui entend faire l’éducation morale des têtes couronnées en y imposant l’idée simple, mais constamment assénée, que régner est le contraire de dominer. Écoutons-le une fois encore : « Mais puisque mon intention est d’écrire chose utile à qui l’entend, il m’est apparu plus convenable d’aller tout droit à la vérité effective de la chose qu’à l’image qu’on en a. Et beaucoup se sont imaginés républiques et principautés dont on n’a jamais vu ni su qu’ils existaient vraiment ».

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  • Patrick BoucheronProfesseur au Collège de France, titulaire de la chaire : Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècles
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