Il est au chapitre 17 du Prince une fable, de celle qu’on raconte aux enfants pour leur apprendre à avoir peur. On pourrait l’appeler « le renard et le lion »

Machiavel
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. Ceux qui nous dirigent, dit Machiavel, savent faire la bête — tantôt rusés, tantôt puissants. Ils choisissent selon les circonstances d’être renard ou lion, « car le lion ne se défend pas des pièges, le renard ne se défend pas des loups. Il faut donc être renard pour connaître les pièges et lion pour effrayer les loups ».

Est-ce donc cela, gouverner ? Faire l’animal en abdiquant le propre de l’homme pour se vêtir d’une peau de bête sauvage ? N’est-ce donc que cela, le Prince ? Un misérable petit tas de ruses, qui se réduit aux habiletés faciles de la dissimulation, aux joies carnavalesques du travestissement ? S’en effrayer, voilà justement le piège. Alors reprenons calmement, à partir de l’endroit où nous nous étions arrêtés hier, cette recommandation générale du quinzième chapitre : « aussi est-il nécessaire à un prince, s’il veut se maintenir, d’apprendre à pouvoir ne pas être bon et d’en user et de n’en pas user, selon la nécessité »...

L'équipe
  • Patrick BoucheronProfesseur au Collège de France, titulaire de la chaire : Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècles
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