Montaigne commence, comme souvent, par une profession d’humilité. Son but est bas, modeste. Il ne prétend pas enseigner une doctrine, à la différence de presque tous les auteurs, qui veulent instruire, façonner. Lui, il se raconte, il dit un homme. D’ailleurs, il se présente comme tout le contraire d’un modèle : il est « bien mal formé », et c’est trop tard pour se réformer. Il ne faudrait pas le prendre en exemple.

Et pourtant il cherche la vérité. Mais impossible de la trouver dans un monde aussi instable et turbulent. Tout coule, comme disait Héraclite. Il n’y a rien de solide sous le ciel, ni les montagnes ni les pyramides, ni les merveilles de la nature, ni les monuments édifiés par l’homme. L’objet bouge et le sujet aussi. Comment pourrait-il y avoir une connaissance solide et fiable ?

Essais Montaigne
Essais Montaigne © radio-france

Les autres forment l’homme, je le récite : et en représente un particulier, bien mal formé : et lequel si j’avais à façonner de nouveau, je ferais vraiment bien autre qu’il n’est : meshui c’est fait Je ne peins pas l’être, poursuit-il, je peins le passage : non un passage d’âge en autre, ou comme dit le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut accommoder mon histoire à l’heure. Je pourrai tantôt changer, non de fortune seulement, mais aussi d’intention : C’est un contrôle de divers et muables accidents, et d’imaginations irrésolues, et quand il y échoit, contraires : soit que je sois autre moi-même, soit que je saisisse les sujets par autres circonstances, et considérations.

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