En homme de la Renaissance, Montaigne ironise sur la tradition médiévale qui a accumulé les gloses – comparées à des excréments par Rabelais,faeces literarum. Il plaide pour un retour aux auteurs, aux textes originaux de Platon, Plutarque ou Sénèque.

Mais il y a plus. À ses yeux, tous les troubles du monde – procès et guerres, litiges privés et publics – sont liés à des malentendus sur le sens des mots, jusqu’aux conflit qui déchire catholiques et protestants. Montaigne le résume au sens de la syllabeHoc, dans le sacrement de l’Eucharistie :Hoc est enim corpus meum, Hoc est enim calix sanguinis mei, a dit le Christ et répète le prêtre : " Ceci est mon corps, ceci est mon sang."

__

Montaigne apologie de raimond sebond
Montaigne apologie de raimond sebond © radio-france

Notre parler a ses faiblesses et ses défauts, comme tout le reste. La plupart des occasions des troubles du monde sont Grammairiennes. Nos procès ne naissent que du débat de l’interprétation des lois ; et la plupart des guerres, de cette impuissance de n’avoir su clairement exprimer les conventions et traités d’accord des Princes. Combien de querelles et combien importantes a produit au monde le doute du sens de cette syllabe, Hoc ? (II, 12, 820)

Prenons la clause que la Logique même nous présentera pour la plus claire. Si vous dites, Il fait beau temps, et que vous dissiez vérité, il fait donc beau temps. Voilà pas une forme de parler certaine ? Encore nous trompera-t-elle : Qu’il soit ainsi, suivons l’exemple : si vous dites, Je mens, et que vous dissiez vrai, vous mentez donc. L’art, la raison, la force de la conclusion de cette-ci, sont pareilles à l’autre, toutefois nous voilà embourbez.

Les invités
Les références
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.