Les hommes des Lumières ont été embarrassés par Pascal. D’une part, ils s’inclinaient devant le génie scientifique qui avait prouvé l’existence du vide et inventé le calcul des probabilités..

Machine à calcul de Blaise Pascal
Machine à calcul de Blaise Pascal © Getty / Bettmann

D’autre part, ils condamnaient le dévot rétrograde qui avait cru aux miracles, théorisé la nécessité de la grâce efficace, et défendu la morale rigoriste de Port-Royal. Ils s’en sortaient en faisant l’hypothèse qu’il était devenu fou.

Voltaire écrit en 1741 : 

Pascal croyait toujours voir un abîme à côté de sa chaise : faudrait-il pour cela que nous en imaginassions autant ? […] la mélancolie égara sur la fin la raison de Pascal […]. Il n’est pas étonnant, après tout, qu’un homme d’un tempérament délicat, d’une imagination triste, comme Pascal, soit, à force de mauvais régime, parvenu à déranger les organes de son cerveau » (lettre à M. de ’s Gravesande, 1er juin 1741). 

Mais la légende du gouffre que Pascal se serait figuré à sa gauche n’est pas mentionnée avant 1737, longtemps après sa mort (I, p. 969).

Les libres-penseurs du XVIIIe siècle firent fond sur un traumatisme dont Pascal aurait souffert après un accident de carrosse sur le pont de Neuilly. Les chevaux auraient pris le frein aux dents et se seraient jetés dans la Seine, le carrosse serait resté suspendu dans le vide, et Pascal aurait vu venir sa mort avec terreur. Le désordre mental qui suivit aurait provoqué la vision de la « nuit de feu » et décidé Pascal à « vivre dans une entière solitude » (I, p. 885). Mais ce récit n’apparut qu’en 1740.

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L'équipe
  • Antoine CompagnonProfesseur au Collège de France depuis 2006, titulaire de la chaire de Littérature française moderne et contemporaine
  • Anne WeinfeldRéalisatrice
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