Le divertissement est l’une des notions capitales de l’anthropologie exposée par Pascal au début des Pensées. Le mot n’a pas notre sens moderne et banal du loisir, des activités de temps libre, mais un sens beaucoup plus grave, et paradoxal, comme souvent chez Pascal.

Blaise Pascal, une illustration du "Plutarque Francais" par Edmond Mennechet en 1836
Blaise Pascal, une illustration du "Plutarque Francais" par Edmond Mennechet en 1836 © Getty / Stefano Bianchetti

Le divertissement est pour l’homme le moyen de se détourner — de se divertir au sens propre — de la misère de la vie, de se dissimuler la vanité de sa condition, d’ignorer l’ennui et l’inquiétude, deux termes très forts, à entendre comme une angoisse profonde. Le divertissement, c’est tout ce qui ne mène pas à Dieu, et, si Pascal insiste tant, c’est qu’il lui faut renverser l’obstacle que le divertissement dresse contre son projet d’apologie.

« Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser » (166-133), énonce un fragment de la liasse « Divertissement » des Pensées. Ou encore, « un roi sans divertissement est un homme plein de misères » (169-137), expression dont Jean Giono fera le titre d’un de ses meilleurs romans. Le divertissement permet de s’aveugler sur notre monde, que Pascal nous dépeint comme une prison, un terrifiant cachot que nous voulons fuir. Or voici le paradoxe :

« Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre » (168-136).

Oui, qu’il serait bon de se retirer, de s’arrêter !

C’était l’idéal de la sagesse antique. Mais non, la « pensée de derrière » nous rappelle qu’il n’y a rien de mieux que les vacances ou la retraite pour donner la migraine et la mélancolie. Dès que nous nous arrêtons, nous sommes confrontés à notre condition.

« […] quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près. »

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