La raison et le cœur : voilà encore l’une de ces distinctions essentielles dont Pascal est féru et qu’il a mises au point peu à peu. Dans L’art de persuader, nous avons rencontré le couple de l’entendement et de la volonté, comme les deux moyens pour les vérités naturelles de pénétrer dans l’âme.

Le cœur a ses raisons...
Le cœur a ses raisons... © Getty / Yagi Studio

Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point  (680-423).

Qui n’a entendu cette sentence si bien balancée ? Elle figure dans la marge des développements sur le pari et elle en contredit le calcul, puisque, comme le dit une autre notation du même feuillet : « C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison : voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison » (680-424). Le pari, qui fait appel à la raison, n’y pourra pas grand-chose si le cœur n’est pas touché par la grâce.

La raison et le cœur : voilà encore l’une de ces distinctions essentielles dont Pascal est féru et qu’il a mises au point peu à peu. Dans L’art de persuader, nous avons rencontré le couple de l’entendement et de la volonté, comme les deux moyens pour les vérités naturelles de pénétrer dans l’âme. 

Mais les vérités divines, ajoutait-il, entrent dans l’âme par la grâce de Dieu, « du cœur dans l’esprit, et non pas de l’esprit dans le cœur » (III, p. 413 ; p 132). Entendons donc qu’auprès de l’entendement et de la volonté (c’est-à-dire le désir), il y avait déjà une place réservée pour le cœur.

Dans les Pensées, les facultés s’organisent un peu différemment 

Nous connaissons la vérité non seulement par la raison, mais encore par le cœur. C’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c’est en vain que le raisonnement, qui n’y a point de part, essaie de les combattre. (142-110).

Par le cœur, c’est-à-dire par l’instinct ou l’intuition, nous avons la connaissance des premiers principes, c’est-à-dire l’espace, le temps, le mouvement, les nombres. Il s’agit cette fois pour Pascal de faire pièce aux sceptiques et pyrrhoniens qui doutent de tout, mais qui ne parviennent tout de même pas à nous faire douter de nos sensations immédiates :

Nous savons que nous ne rêvons point, quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison. Cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l’incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent (142-110).

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