Contrairement aux puristes, Pascal n’a jamais peur des répétitions, par exemple dans ce fragment sur l’ordre collectif qui, dans le monde, résulte de l’agrégation des égoïsmes individuels : On a fondé et tiré de la concupiscence des règles admirables de police, de morale et de justice.

Une lettre de Blaise Pascal
Une lettre de Blaise Pascal © Getty / Culture Club

Mais dans le fond, ce vilain fond de l’homme, ce figmentum malum n’est que couvert, il n’est pas ôté » (244-211). Sous l’apparence du règlement, le mal demeure. Et Pascal n’hésite pas à se répéter : on a fondé, dans le fond, ce vilain fond. Un fragment des Pensées justifie cette indifférence aux répétitions :  

Quand dans un discours se trouvent des mots répétés et qu’essayant de les corriger on les trouve si propres qu’on gâterait le discours, il les faut laisser, c’en est la marque. Et c’est là la part de l’envie, qui est aveugle et qui ne sait pas que cette répétition n’est pas faute en cet endroit. Car il n’y a point de règle générale (452-515).   

C’est l’homme de science qui s’exprime ici. Si le mot est adéquat, s’il convient, alors le discours deviendrait plus confus en lui en substituant un autre mot moins propre, et la répétition s’avère meilleure que l’artifice d’un synonyme approximatif. Pascal refuse la règle générale qui voudrait interdire toute répétition et il attribue même à l’envie le reproche qui pourrait lui être fait d’une répétition prétendument fautive. 

Mieux vaut la répétition d’un mot que son remplacement par un mot moins juste

Pascal n’est pas Flaubert, obsédé par la chasse aux répétitions. Celles-ci sont les indices de son style naturel, la marque d’un homme qui ne se cache pas derrière un auteur :

« Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi, car on s’attendait de voir un auteur et on trouve un homme. Au lieu que ceux qui ont le goût bon et qui en voyant un livre croient trouver un homme, sont tout surpris de trouver un auteur » (554-675). Ou encore : « Tout ce qui n’est que pour l’auteur ne vaut rien » (650-798).   

Parce qu’il est exact, Le style naturel touche au cœur :   

Quand un discours naturel peint une passion ou un effet, on trouve dans soi‑même la vérité de ce qu’on entend, laquelle on ne savait pas qu’elle y fût, de sorte qu’on est porté à aimer celui qui nous la fait sentir, car il ne nous a point fait montre de son bien mais du nôtre. Et ainsi ce bien fait nous le rend aimable, outre que cette communauté d’intelligence que nous avons avec lui incline nécessairement le cœur à l’aimer (536-652).  

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