Pascal aime les distinctions et les classements. Par deux : la justice et la force, le cœur et la raison. Ou mieux, par trois : les corps, les esprits et la charité.

Distribution de l'aumone et de la mort d'Ananie par Masaccio. Fresque de la Chapelle Brancacci dans l'église Santa Maria del Carmine. Détail avec Saint-Pierre et Sain-Jean.
Distribution de l'aumone et de la mort d'Ananie par Masaccio. Fresque de la Chapelle Brancacci dans l'église Santa Maria del Carmine. Détail avec Saint-Pierre et Sain-Jean. © Getty / Mondadori Portfolio

Voici une autre triade pascalienne capitale, celle des trois concupiscences : 

Tout ce qui est au monde est concupiscence de la chair ou concupiscence des yeux ou orgueil de la vie. Libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi  (460-545).  

La concupiscence, rappelons-le, naît avec le péché d’Adam, avec l’amour de la créature qui se substitue à l’amour de Dieu. C’est le contraire de la charité.   

Au départ des trois concupiscences, se trouve une citation de saint Jean, dans la Première épître (II, 16) : « Car tout ce qui est dans le monde est ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil des yeux », dans la traduction de Lemaistre de Sacy.   

Saint Augustin posa l’équivalence de la triade de saint Jean avec les trois formes que peut prendre la libido, ou le désir : convoitise de la chair, convoitise des yeux, c’est-à-dire curiosité de savoir, et convoitise de la puissance. 

Ainsi la concupiscence, pour saint Augustin, que Pascal suivra, n’est pas seulement de nature charnelle, mais donne aussi naissance à la curiosité et à l’orgueil ou à la superbe, les trois sources de la corruption de l’homme « d’où découlent tous les vices et les crimes », disait Jansénius.   

  • La concupiscence de la chair, ou libido sentiendi, se comprend aisément : c’est la tentation du plaisir, un désir déréglé de volupté.   
  • La curiosité, ou libido sciendi, c’est la volonté excessive de savoir, non pas la volonté de connaître les sciences légitimes, mais de connaître ce qui n’est pas destiné à être connu de l’homme (vice moral, la curiosité est une vertu intellectuelle quand elle s’exerce à bon escient). La mauvaise science recherche la connaissance des vérités divines, lesquelles ne sont pas faites pour l’esprit humain parce qu’elles dépassent ses capacités naturelles. On ne doit pas chercher à pénétrer les secrets de Dieu : eritis sicut dii scientes bonum et malum, « vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal », dit le serpent à Ève pour la tenter, dans la Genèse (III, 5, trad. Lemaistre de Sacy).   
  • Enfin l’orgueil, libido dominandi ou tentation du pouvoir, volonté de puissance, est au principe de toutes les concupiscences, puisque le péché originel a été un péché d’orgueil, une rébellion orgueilleuse contre Dieu. On retrouve ici l’analyse pascalienne de la grandeur et de la force : l’orgueil des grands, comme celui des riches, consiste dans l’idée qu’ils se font de leur force.  

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