La grâce est bien le plus grand mystère de la religion chrétienne. Afin de justifier Port-Royal, Pascal a tenté de l’élucider avec la rigueur du mathématicien et les procédés du logicien.

Vitraux de la Basilique Saint Joseph des fins à Annecy
Vitraux de la Basilique Saint Joseph des fins à Annecy © Getty / Fred De Noyelle /GODONG

« Des pécheurs purifiés sans pénitence, des justes sanctifiés sans charité, tous les chrétiens sans la grâce de Jésus-Christ, Dieu sans pouvoir sur la volonté des hommes, une prédestination sans mystère. Un rédempteur sans certitude » (439-864).  

Ainsi Pascal dresse-t-il la liste des accusations des jansénistes contre les jésuites. Il composera contre eux le pamphlet des Provinciales après avoir mis au point sa doctrine dans les Écrits sur la grâce, entamés dès 1655, peu après sa conversion.  

Selon les jésuites, la grâce suffisante, comme son nom l’indique, suffit aux chrétiens, et il n’est pas nécessaire que Dieu donne en plus sa grâce efficace pour que l’on soit sauvés.   

Pour les jansénistes, les jésuites sont des pélagiens : ils renouvellent l’hérésie de Pélage contre laquelle saint Augustin s’était battu. Pélage accordait trop au libre-arbitre de l’homme œuvrant pour son salut, et pas assez à la grâce de Dieu. Suivant les jésuites, comme pour Pélage, tout chrétien peut atteindre la sainteté par ses propres forces et en exerçant son libre-arbitre, la grâce divine n’étant pas indispensable. 

Saint Augustin défendit, contre Pélage, la primauté du salut par la grâce

À ses yeux, le pélagianisme est hérétique, car si l’homme n’a besoin que des forces de sa nature pour accomplir les commandements de Dieu, alors le sacrifice de Jésus-Christ sur la croix fut sans objet.  

La relation de la grâce divine et du libre-arbitre humain redevint controversée avec les calvinistes, partisans de la prédestination absolue. En réaction, le concile de Trente condamna l’anéantissement du libre-arbitre, mais aussi la possibilité du salut par les œuvres et sans la grâce. Or, pour les jésuites, du moins tels que Pascal les présente, il semble que ce soit à l’homme qu’il revienne d’obtenir ou non le salut, en usant de son libre-arbitre. 

Sous l’influence de l’humanisme et en opposition au protestantisme, ils rompraient avec la doctrine de saint Augustin, confirmée par saint Thomas, pour lesquels Dieu seul détermine celui qui sera sauvé ou non, en lui accordant ou non la grâce.  

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