Voici encore un fragment énigmatique des Pensées : « Il a quatre laquais. » (53-19). Pascal prend une note pour lui-même, afin de se souvenir. Quatre laquais, c’est un exemple de « Vanité », une illustration de cette gloire, ou gloriole, que l’on trouve à montrer son statut d’homme de condition, à en imposer au peuple

Dans les Pensées, Pascal dénonce expressément « l’injustice de la Fronde, qui élève sa prétendue justice contre la force »
Dans les Pensées, Pascal dénonce expressément « l’injustice de la Fronde, qui élève sa prétendue justice contre la force » © Getty / no_limit_pictures E+

Mais le même exemple revient un peu plus loin, dans la liasse intitulée « Raison des effets ». Cette « raison des effets » est l’une des notions les plus subtiles élaborées par Pascal dans les Pensées. Un usage qui nous apparaît d’abord arbitraire, vain, déraisonnable, comme de se promener dans les rues de Paris avec quatre laquais pour exhiber le train de sa maison, devient, si l’on y réfléchit mieux, un effet qui n’est pas sans raison, qui a sa cause, une raison et une cause qui lui confèrent sa légitimité. Pascal, en fin dialecticien, cherche toujours à traverser le miroir afin de découvrir la « raison des effets » :

« Cela est admirable : on ne veut pas que j’honore un homme vêtu de brocatelle, et suivi de sept ou huit laquais. Et quoi, il me fera donner les étrivières, si je ne le salue. Cet habit, c’est une force » (123-89).

Pascal constate d’abord la disproportion, ou l’hiatus, le non sequitur qu’il y a entre la cause et l’effet 

Cet homme est entouré de laquais, donc je le salue, je m’incline, et je le fais apparemment sans raison. Mais non, en vérité les laquais ne sont pas insignifiants, ils veulent dire quelque chose et non pas rien, ils manifestent une force, qui impose le respect : si je ne salue pas, je recevrai des coups de courroie.

Ainsi Pascal introduit-il, par un exemple frappant, toute une série des réflexions, encore provocantes aujourd’hui, sur les rapports de la justice et de la force. 

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